Stupeur et consternation. Au lendemain de la décision du groupe américain Greatbatch Medical de délocaliser la plus grande partie de ses activités du Jura bernois aux Etats-Unis et au Mexique, c’est toujours le choc qui prédomine dans la région. Dans les communes concernées par l’éventuelle disparition de ces 180 emplois, on parle de tristesse et de très grosse déception. Etienne Klopfenstein, maire de Corgémont, l’un des deux sites visés avec Orvin, regrette «le transfert et la disparition à tout jamais d’un savoir-faire né dans la région». «Nous sommes en contact depuis plusieurs mois avec Greatbatch Medical sur des réflexions stratégiques. Mais une délocalisation n’a jamais été le thème. Nous sommes très surpris de la rapidité avec laquelle ils ont pris leur décision», a indiqué Adrian Studer, directeur du Beco Economie bernoise, l’organe de promotion économique.

Du côté syndical, Unia ne veut pas laisser détruire de nouveaux postes de travail sans réagir. Surtout que Greatbatch, ex-Precimed, n’est pas un cas isolé. 23 employés viennent d’être licenciés chez Safed Suisse, société spécialisée dans la fabrication d’équipements de traitement thermique. Son site de Delémont employait 62 personnes.

Réaction en chaîne?

Pour Unia, c’en est trop, après les restructurations chez Merck Serono mais aussi Applied Materials, sise à Cheseaux-sur-Lausanne (VD). «On entend des cris d’alarme dans certaines entreprises industrielles. Cela pourrait devenir dramatique», met en garde Pierluigi Fedele, secrétaire régional d’Unia, qui craint d’autres délocalisations. «Il existe un risque de désindustrialisation rampante du pays. Il se peut qu’une réaction en chaîne se produise», d’après le syndicaliste. Unia en appelle aux autorités politiques qui «doivent sortir de leur léthargie». «D’après nous, il ne devrait pas y avoir de vague de délocalisation. Il s’agit d’un cas isolé. Par contre, si le plancher avec l’euro à 1,20 franc était abaissé, là, ça serait catastrophique», estime Olivier Sandoz, directeur général adjoint de la Fédération des entreprises romandes. Pour la plupart de ces sociétés, c’est en effet la cherté du franc qui pose problème. Un argument qui n’a cependant pas été brandi par Greatbatch, d’après les syndicats qui ont rencontré la direction mardi matin. «Elle nous a dit que la société n’était pas bénéficiaire depuis quatre ans», relate Pierluigi Fedele. D’après Unia, Greatbatch n’a pas ­eu droit à des faveurs fiscales. «Precimed était une magnifique entreprise», se souvient le patron de Symbios, Jean Plé, qui a côtoyé l’un des cofondateurs, John Ayliffe.

Selon les experts, le marché orthopédique fonctionne comme un véritable cartel, en mains des cinq géants Stryker, Johnson & Johnson, Biomet, Zimmer ou encore Smith ­& Nephew. Ils fixent les prix comme bon leur semble, du moins aux Etats-Unis. Ils y sont cinq fois plus élevés qu’en Europe. «Ces groupes gagnent beaucoup d’argent mais mettent une pression folle sur les fournisseurs.» Ce spécialiste se dit très inquiet pour l’avenir du site de Zimmer (ex-Centerpulse) à Winterthour qui compte 1000 employés. «Surtout qu’il produit pour l’Asie. Il pourrait être le prochain sur la liste.»