L'industrie des semi-conducteurs passe pour hautement cyclique. Une année record risque fort, dans cette perspective, d'être suivie d'une année difficile. Or, l'exercice 2000 a justement battu tous les records pour le secteur des semi-conducteurs. Des rythmes de progression supérieurs à 35% dans la production de puces électroniques ont permis aux producteurs d'équipements d'afficher des taux de croissance souvent deux fois plus rapides. A l'instar du groupe Esec, le fabricant zougois de robots pour la production de puces électroniques, dont le chiffre d'affaires – communiqué fin janvier – s'est élevé à 647 millions de francs pour l'ensemble de l'année 2000. Ce qui représente un bond de 75% par rapport à l'année civile 1999.

Or, Esec a fait état jeudi d'un bénéfice d'exploitation record de 156 millions de francs au titre de l'exercice 2000 (réduit à dix mois: de mars à décembre), soit plus de six fois le niveau enregistré sur la même période de 1999. Quant au bénéfice net de l'exercice 2000 (aussi sur dix mois), il s'est élevé à 132,7 millions de francs, soit près de cinq fois le bénéfice net de la même période 1999 (27,5 millions). Des résultats qui ressortent pourtant légèrement en dessous des attentes des analystes financiers.

Mais comme l'essor des semi-conducteurs a atteint son point culminant au premier semestre 2000, ce sont surtout les perspectives pour l'année en cours qui passent au premier plan. Jusqu'à quand va se poursuivre la phase de déclin qui a commencé en octobre? Car pour Felix Bagdasarjanz, président de la direction d'Esec, le secteur des semi-conducteurs se trouve bel et bien «dans une phase de correction».

Ralentissement des affaires

Ce que confirme le net ralentissement des affaires enregistré au cours des deux premiers mois de 2001 par Esec. Selon le scénario le plus optimiste évoqué par Felix Bagdasarjanz devant la presse jeudi à Zurich, une reprise pourrait se dessiner dès le deuxième semestre 2001 déjà. Mais en raison du ralentissement de l'économie mondiale et du gonflement de 25% des stocks d'appareils électroniques, des prévisions prudentes tablent sur une croissance de moins de 10% cette année pour l'industrie des semi-conducteurs. Enfin, selon le scénario le plus pessimiste envisagé par le patron d'Esec, la phase de correction pourrait se prolonger jusqu'au début de l'année 2002.

Ce qui est certain, «c'est que nos clients suspendent leurs investissements tant que l'utilisation de leurs capacités ne s'améliore pas», résume Felix Bagdasarjanz. Ce dernier relève toutefois une note positive par rapport à l'année de crise que fut 1998: «Nos clients ont mis un frein plus rapidement à l'extension de leurs capacités. Nombre de nouvelles technologies devraient donc donner lieu, tôt ou tard, à un regain de croissance.» Rien ne permet toutefois à Felix Bagdasarjanz de privilégier un scénario plutôt qu'un autre. Car «nous n'avons aucune visibilité et, dans ce contexte, nous ne pouvons pas émettre de prévisions», avoue-t-il. D'autant qu'avec une proportion entrées de commandes/chiffre d'affaires (book to bill) de 0,5 pour les trois derniers mois, Esec ne peut guère être porté à l'optimisme. Alors que le groupe autrichien SEZ – lui aussi lié au secteur des semi-conducteurs et coté en Bourse suisse – affiche un book to bill encourageant de 1,4.

Baisse du seuil de rentabilité

Esec n'est pourtant pas resté les bras croisés face à la correction – attendue tôt ou tard – de l'industrie des semi-conducteurs. Il s'est employé à abaisser le seuil de rentabilité opérationnelle. Un seuil qui se situe actuellement entre 300 et 350 millions de francs de chiffre d'affaires, selon le patron d'Esec. De plus, la sous-traitance (environ 80% de la production) permet de partager les risques. Enfin, les solutions développées pour le secteur, d'avenir, de l'opto-élecronique – porté par l'innovation technologique plutôt que par la croissance économique – devraient réduire progressivement l'exposition du groupe aux cycles de l'économie. Même si 90% des affaires d'Esec sont encore très cycliques. Jeudi, l'action Esec a perdu 25 francs à 375 francs à la Bourse suisse.