Les petites phrases assassines, les actions de défense et de contre-attaque se succèdent dans la bataille politique et économique qui agite le secteur pharmaceutique français depuis le 26 janvier, date de l'offre publique d'achat (OPA) du laboratoire Sanofi-Synthélabo sur son concurrent Aventis. Rappelons que l'OPA, estimée entre 44,8 et 47,8 milliards d'euros, est jugée hostile par Aventis, qui a officiellement appelé à la rescousse, le 2 avril, le groupe helvétique Novartis. Ce dernier a les moyens, mais pas encore la volonté, de nettement surenchérir avant mi-juin, date probable de la clôture de l'offre.

Le gouvernement français semble toujours privilégier une solution franco-française, reposant sur des considérations politiques plus qu'économiques, et n'a de loin pas la position neutre souhaitée par Novartis. Or, seule cette attitude qui garantirait la paix sociale et la non-entrave des homologations de médicaments sur sol français, permettrait à Novartis d'entrer dans le vif du sujet avec une estimation claire du risque économique inhérent à toute opération de fusion (LT du 3.04.2004).

Intérêt national prépondérant

Le régime de la douche écossaise se poursuit. Vendredi, la voie semblait se dégager pour Novartis à la suite des déclarations de Patrick Devedjian, ministre de l'Industrie, selon lesquelles «le gouvernement devait rester neutre». Le ministre s'est dit prêt à rencontrer Daniel Vasella, patron de Novartis, bienveillance qui contraste avec l'attitude adoptée précédemment par l'entourage du premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a discrètement conseillé à Daniel Vasella, en mars, de rester hors de l'affaire.

Mardi, Matignon a désavoué le ministre de l'Industrie en signalant que le «premier ministre reste très attentif à l'intérêt national et stratégique de ces sociétés». Une manière de signifier l'intention du gouvernement de peser dans la balance pour que l'offre hostile de Sanofi se transforme en accord à l'amiable sans intervention «étrangère» afin de conserver un groupe pharmaceutique français opérant au niveau mondial. En effet, en cas de fusion entre Aventis et Novartis, on peut imaginer, fin 2004, l'absorption de Sanofi par un autre groupe étranger, en raison de la fin du pacte d'actionnaires qui lie Total et L'Oréal.

Aventis tente par tous les moyens de s'opposer à l'offre de Sanofi, faible économiquement mais soutenue politiquement. Après les recours juridiques auprès de l'autorité des marchés financiers (AMF), elle utilise des arguments financiers. Dans un document récent destiné à ses actionnaires, Aventis constate que la prime, de 15,2% en janvier, s'est transformée en décote de 11,1% en raison de la progression récente du cours de l'action.

Manœuvres préventives

Les dirigeants rappellent en outre que les menaces sur le brevet, aux Etats-Unis, du principal médicament de Sanofi (Plavix, contre l'hypertension, 30,5% de ses ventes) font peser un fort risque de dévalorisation de la société fusionnée. Ils proposent, pour se prémunir, le lancement de bons de souscription d'actions qui aurait pour effet une augmentation de capital de 22% à l'avantage exclusif des actionnaires d'Aventis. Si la méthode, discutable, est acceptée par les autorités boursières, cela rendrait l'offre de Sanofi dissuasive pour ses propres actionnaires.

La deuxième salve a été confirmée mardi par Aventis. Elle consiste à faire une mini-OPA préventive en rachetant jusqu'à 10% du capital-actions, pour un montant maximum de 8 milliards d'euros, afin d'augmenter la valeur des titres en circulation et d'ôter tout intérêt financier à l'offre de Sanofi.

De son côté, Sanofi veut croire au succès de son OPA. L'entreprise annonce la conclusion de la vente, à GlaxoSmithKline pour 453 millions d'euros, de médicaments contre la thrombose, afin d'éviter une position dominante sur ce marché en cas de fusion avec Aventis. La vente ne sera bien sûr effective qu'en cas de succès de l'OPA.