Après la France, l'Australie et plus largement la zone Asie-Pacifique, la technologie de Covadis vient de convaincre une nouvelle région, l'Afrique du Nord. Cette PME, basée à Plan-les-Ouates (Genève), vient de signer un contrat pour équiper les banques du Maroc de ses lecteurs de cartes à puces Caroline. Un partenariat qui lui ouvre des perspectives intéressantes au Maghreb. Même si la valeur de cet accord, évalué à 2 millions de francs, peut paraître négligeable par rapport aux chiffres articulés par le passé (200 millions dans le cas de l'Asie), ce contrat atteste de la reconnaissance dont bénéficie l'entreprise genevoise. Cette réputation ne s'est évidemment pas construite en un jour. Elle se veut en premier lieu le résultat de la volonté de son fondateur, Hervé Hillion. Issu des grandes écoles françaises, cet ingénieur se sent vite à l'étroit dans l'administration à laquelle il est destiné. Philips puis Landis & Gyr lui permettent au sein de leurs départements recherche et développement de satisfaire sa soif de connaissances.

Dix mètres carrés pour la start-up

Riche de ces expériences, il se décide à lancer sa propre entreprise en 1996. «La fiscalité, le brassage multiethnique et la reconnaissance internationale dont jouit Genève» justifient son installation dans le canton. Dix mètres carrés accueillent alors son enthousiasme et sa jeune start-up. Son intuition, le développement d'Internet se fera et il nécessitera des solutions en termes sécuritaires. Dans cette perspective, il souhaite faire des collaborateurs de Covadis, «les serruriers du Net».

La société s'applique rapidement à développer des solutions de sécurité pour les transactions électroniques réalisées sur le Web (message, paiements ou transferts). L'entreprise croit en la carte à puces comme support à des certificats numériques. Cette fameuse puce permet d'assurer la confidentialité du message envoyé, d'authentifier son expéditeur, d'affirmer l'intégrité du document transmis et de garantir sa non-répudiation par son auteur. Fort de concept, Covadis met au point Caroline (Card on line), un lecteur de cartes à puces aux allures de calculette qui code et décode des données confidentielles. Ce boîtier d'un genre nouveau peut par exemple se connecter à un ordinateur (via un port USB) et ouvre à une utilisation sécurisée des cartes bancaires. Cette mutation dans la méthode de paiement offerte par Caroline séduit Cyber-COMM France qui l'adopte (société entre les mains des principales banques françaises).

En concurrence avec IBM

La compagnie genevoise est également choisie par le Groupement des cartes bancaires français ou les émetteurs de cartes Europay, MasterCard, Visa (EMV). Ses principaux concurrents ont pour nom ActivCard, Gemplus ou IBM. Parallèlement, Covadis développe des téléphones (à pièces ou à cartes) d'un genre nouveau permettant la recharge d'un porte-monnaie désormais électronique. Elle produit également des modules de sécurité destinés aux terminaux de commerçants. Cinq après sa naissance, la start-up, lauréate du Prix de la jeune industrie en 1999, est devenue une PME forte d'une cinquantaine d'employés. Trente personnes travaillent au siège de Genève, le reste évolue à Paris, Washington ou Melbourne. Son actionnariat s'est par ailleurs ouvert à d'autres investisseurs. Si Hervé Hillion conserve à titre personnel 40,5% du capital, UBS via sa société de participations Aventic (26,7%), Logitech (10,7%), Cerès (10%, société financière représentant le brésilien Icatel, important fabricant d'appareils téléphoniques), Endeavour (6,4%) et le management de Covadis (5,7%) se sont engagées dans le capital de la société. Son chiffre d'affaires est passé de 400 000 francs en 1996 à 18 millions prévus pour cette année. Une réussite qui ne blase pas pour autant Hervé Hillion. Toujours aussi passionné, ce dernier espère secrètement que son aventure inspirera d'autres vocations en terre genevoise.