Technologie

Après l’élection, la Silicon Valley fulmine et s’interroge

Au Web Summit de Lisbonne, des grands noms de la technologie s’expriment après l’élection de Donald Trump. De la colère fleurie du fondateur de l’un des plus gros incubateurs de start-up aux interrogations du directeur du Nasdaq, la Silicon Valley doute

L’homme a beau porter un t-shirt orange et des sandales, c’est l’un des responsables les plus influents de la Silicon Valley. Fondateur de l’incubateur «500 Startups», qui a investi dans plus de 1500 sociétés, Dave McClure a piqué cette semaine une colère qui marqué cette édition 2016 du Web Summit de Lisbonne.

Invité à une discussion intitulée «l’ego est-il la raison la plus importante pour l’échec?», l’homme a immédiatement bondi de son fauteuil pour haranguer la foule après l’élection de Donald Trump. «P*** mais qu’est-ce qui se passe avec vous si vous n’êtes pas énervés maintenant? […] Nous fournissons des plates-formes de communication pour ce p*** de pays et nous laissons se passer cette m***, comme les chaînes de télévision, comme la radio. […] C’est notre responsabilité, comme entrepreneurs, comme citoyens de ce p*** de monde, de nous assurer que cette m*** ne se passe pas. Cette m*** ne peut pas durer, vous devez vous battre pour vos droits, p***, levez-vous tous!»

«Je suis triste»

Deux heures plus tard, en costume cravate, Bob Greifeld, directeur du Nasdaq, tente de calmer le jeu. «Nous avons élu un président, pas un dictateur… Je veux rester optimiste, la Silicon Valley a besoin de main-d’œuvre étrangère qualifiée et continuera à la trouver… Je pense que la situation va se normaliser». A court terme, la hausse de 1,09% de l’indice technologique, mercredi, lui donne raison.

Mais la Silicon Valley, avec des propos moins crus que ceux de Dave McClure, s’interroge. «Je suis triste, nous qui créons des technologies sommes trop sur notre île, nous sommes isolés et n’avons pas saisi le fossé qui existe avec une partie de la population», estime Eileen Burbidge, responsable du fonds d’investissement Passion Capital.

«Où vont travailler leurs enfants»

Cette femme posée se dit «aussi en colère que Dave» et s’interroge: «Les gens qui travaillent dans les usines regardent le numérique et ce qu’il signifie pour leurs jobs, ils se fichent totalement des véhicules autonomes ou des drones. Ils veulent savoir où leurs enfants vont travailler.»

Un peu plus tard, sur scène, Mood Rowghani, associé chez Kleiner Perkins, l’un des plus gros investisseurs en technologie, souffle le chaud et le froid: «Je ne crains pas vraiment que les règles changent et que la Silicon Valley ait de la peine à recruter à l’étranger», dit-il. «Mais un mal plus profond s’installe: nous aurons un président qui insuffle un discours xénophobe, cela risque de mettre en danger des minorités avec un tel exemple venant d’en haut.»

Peter Thiel triomphe

Lors de sa campagne, Donald Trump avait ciblé à plusieurs reprises la Silicon Valley. Il avait évoqué l’obligation imposée à Apple de produire aux Etats-Unis, voire même de boycotter le groupe tant qu’il ne collaborait pas avec le FBI. Donald Trump voulait aussi accuser Amazon d’abus de position dominante, «fermer des parties d’Internet» pour lutter contre la propagande terroriste. Mais Mood Rowghani est optimiste: «Je pense que beaucoup d’arguments incendiaires énoncés l’étaient juste pour être élu».

Dans la Silicon Valley, un homme est en tout cas aux anges. Seul contre tous, ou presque, l’investisseur milliardaire Peter Thiel, cofondateur de PayPal, était un soutien remarqué de Donald Trump.


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