Acheter des petites et moyennes capitalisations suisses? Mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour se lancer dans l'aventure. Ce n'est pas la qualité des PME locales qui fait défaut. Mais les performances boursières enregistrées depuis mars 2003, date marquant le redressement des Bourses, sont tellement impressionnantes qu'elles poussent à la prudence. «Les small & mid caps sont très réactives, relève Alessandro Mauceri, directeur exécutif de la société financière Capital Management Advisors à Genève. Peu liquides, elles seraient les premières à souffrir d'un recul boursier.»

Les petites et moyennes entreprises cotées en Suisse ont cassé la baraque depuis deux ans et demi. Les investisseurs qui ont parié sur Vögele, Saurer ou Lindt plutôt que sur Novartis ont eu fin nez. Depuis le printemps 2003, l'indice des PME (SMIM) a explosé de 130%, contre 70% pour celui des grandes capitalisations (SMI).

Rien ne semble en mesure de freiner l'appétit des investisseurs pour les PME. En juillet, le volume des transactions boursières sur le SMIM progressait de 32,7% par rapport à 2004, contre moins de 20% sur le SMI. Depuis janvier, les PME offrent également les meilleurs retours sur investissement. Les titres cotés au SMIM avancent de 20% contre 16% pour les actions des grandes capitalisations.

Investir dans les PME? Les professionnels recommandent la prudence. «Les small & mid caps ont rattrapé leur retard», affirme Viktor Dammann, analyste chez Vontobel. Début 2003, les petites capitalisations suisses s'échangeaient avec un multiple des bénéfices (P/E) de 10, contre un ratio de 13,8 pour les titres du SMI. Aujourd'hui, les PME sont devenues plus «chères» que leurs grandes sœurs. Elles se traitent avec un P/E (2006) de 14,2, contre 13,8 pour le SMI. «En valorisation relative, ces valeurs étaient attrayantes il y a deux ans et demi, confirme Mark Browne, chef de la recherche financière chez LODH. Ce n'est plus le cas actuellement.»

Début 2003, les PME portaient encore les stigmates du krach boursier débuté avec l'explosion de la bulle techno. «La plupart des banques avaient réduit les équipes d'analystes pour réduire les coûts, souligne un gérant genevois de portefeuille. Les small & mid caps n'étaient plus vraiment suivies, ce qui a contribué à créer des inefficiences.» Bref, les projecteurs des marchés n'étaient plus braqués sur les PME pour débusquer les bonnes affaires. «Mais elles sont aujourd'hui de plus en plus étudiées par les analystes», note-t-il.

En plus, le krach avait frappé de plein fouet les PME. L'indice SMIM a reculé de 70% entre 2000 et 2003, contre 55% pour le SMI. «Ces titres se comportent un peu comme des valeurs exotiques, très volatiles lorsque les Bourses plongent», confie Mark Browne. Ce phénomène avait contribué à rendre les petites et moyennes sociétés particulièrement intéressantes.

Cette évolution n'est pas spécifique au marché suisse. «Les PME japonaises et britanniques ont massivement surperformé les grandes capitalisations depuis 2003, observe Alessandro Mauceri. Alors qu'elles s'échangeaient avec une décote de 20%, elles se traitent aujourd'hui avec une prime de 5 à 20%.» En fait, les investisseurs favorisent la qualité – le célèbre «flight to quality» – lorsque la situation économique se détériore. Ils se détournent des marchés émergents, des obligations à haut rendement et des petites capitalisations. Les obligations d'Etat, très sûres, ou les titres très liquides des géants boursiers (Novartis, General Electric, etc.) sont privilégiés. La situation s'inverse en cas de boom économique.

Trop chères, les small & mid caps? Peut-être. N'empêche, les facteurs de soutien n'ont pas manqué depuis le début de l'année. Les offres publiques d'achat sur des firmes suisses ont stimulé les cours en Bourse. «Les OPA sur des sociétés cotées, telles Leica Geosystems ou Saia-Burgess, montrent l'attrait des PME pour les investisseurs étrangers», note Eric Parisod, analyste chez Swisstocks. «Mais il y a aussi de nombreuses autres transactions sur des entreprises non cotées, dont les journaux ne parlent pas», relève un financier genevois. Ces dernières soutiendraient les cours des PME cotées. «Ces opérations donnent la direction pour les firmes présentes en Bourse», indique-t-il.

L'évolution du SMI va aussi dicter le futur des petites et moyennes capitalisations. Et ce dernier reste orienté à la hausse. Le bas niveau du loyer de l'argent n'y est certainement pas étranger. Les performances des actions restent attractives comparées aux rendements obligataires. De plus, la croissance américaine surprend positivement, ce dont profitent les PME. Ces dernières sont par essence tournées vers l'exportation. Dans la même veine, les frétillements de l'économie allemande constituent un bon point pour les sociétés suisses. Dès lors, les Airesis, Forbo, Arpida, et autres Unilabs pourraient continuer à mener le bal ces prochains mois.