Le monde de l'Internet entre dans une phase de consolidation. Lundi, le Wall Street Journal Europe annonçait en une que l'italien Tiscali négociait ces jours-ci le rachat du néerlandais World Online. Cette tentative fait suite à l'échec de la reprise par le même Tiscali du français Liberty Surf, selon le quotidien des affaires. Chacun tente de consolider ses positions sur le marché européen. Dans cet environnement les investisseurs prennent très au sérieux ce genre d'information. La preuve, le titre World Online (WOL) gagnait 11,36% lundi en fin de matinée à la Bourse d'Amsterdam à 12,25 euros tandis que Tiscali gagnait à Milan 0,23% à 51,95 euros.

Interviewé par le Wall Street Journal (WSJ), le fondateur et actionnaire majoritaire de Tiscali, Renato Soru, a simplement souligné que «la profession connaissait un mouvement de consolidation» et que son entreprise «souhaitait y participer». Jürg Denzler, porte-parole de la Fondation de famille Sandoz a de son côté indiqué que l'actionnaire principal de WOL ne souhaitait pas commenter des rumeurs mais que sur un marché parvenu à une certaine maturité «tout le monde parle avec tout le monde». C'est la deuxième fois en trois mois que des sources font état de discussions en vue d'une fusion entre les deux groupes. En juin, le cours de WOL avait gagné 25% en une séance à cause de rumeurs qui mariaient déjà les deux groupes.

La course à la taille se justifie

La réunion de Tiscali et WOL pourrait avoir du sens. L'italien poursuit actuellement sa croissance sur deux fronts: l'accès à Internet (il vient de se lancer sur le marché français et détient des positions dans plusieurs pays d'Europe) et la téléphonie mobile. Le groupe de Renato Soru est en effet l'un des principaux actionnaires du consortium Andala, qui veut être candidat à une licence UMTS en Italie en novembre prochain. Il devrait s'allier dans ce cadre à Hutchinson Whampoa pour y parvenir au lieu de Deutsche Telekom après que ses négociations avec les Allemands ont capoté, selon le WSJ. Tiscali cherche à bâtir un réseau européen dans le domaine de l'accès Internet et dans ce cadre discute avec différents partenaires. En reprenant WOL, l'italien passerait de 2,3 à 4,7 millions d'abonnés, ce qui en ferait le deuxième acteur sur ce marché dominé sur le Vieux Continent par T-Online, filiale de Deutsche Telekom.

La course à la taille se justifie. «Ce type de sociétés se voient contraintes de fusionner, estime Didier Bouvignies, un gestionnaire de Victoire Asset Management cité par Bloomberg. Si elles ne parviennent pas à tirer des bénéfices de leur activité, elles doivent se consolider.» Les fournisseurs d'accès proposant désormais presque tous des accès gratuits, il faut accroître la qualité des transmissions et générer du volume pour dégager des marges sur des services annexes. Dans ce but, Tiscali prévoit d'investir 150 millions d'euros ces prochaines années pour développer un réseau de 30 000 kilomètres de fibre optique en Europe. World Online, après avoir connu des déboires liés à son ancienne dirigeante Nina Brink, a changé de management et sa stratégie qui vise notamment à vendre de l'accès Internet rapide.

Mais il reste difficile d'évaluer le prix de ces sociétés. C'est sur cette question qu'ont échoué les négociations entre Tiscali et Liberty Surf il y a une dizaine de jours. Dans le cas de WOL, le WSJ, qui cite des personnes proches du dossier, affirme que les actionnaires de cette dernière compagnie n'accepteront de céder leurs parts que si on leur proposait une prime importante par rapport au cours de Bourse actuel. WOL reste très loin de son niveau d'introduction, qui était de 43 euros, soit une chute de près de 70%, et ne vaut que la moitié de Tiscali (valorisé à 8,7 milliards d'euros) alors qu'elle dispose d'un portefeuille d'abonnés supérieur à celui de l'italien.