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Plate-forme gérée par Total, située sur le champ d’Elgin Franklin, au large de l’Ecosse, en mer du Nord.
© JEAN-SEBASTIEN EVRARD/AFP

Hydrocarbures

Après l’Iran, Total se renforce en mer du Nord

Le groupe pétrolier français acquiert le danois Maersk Oil & Gas pour 7,45 milliards de dollars (7,2 milliards de francs). Cette opération accroîtra ses réserves de l’ordre d’un milliard de barils équivalent pétrole

C’est la plus grosse opération de Total depuis sa fusion avec Elf en 1999. Et la plus importante en mer du Nord depuis le mariage des norvégiens Statoil et Norsk Hydro en 2006. La compagnie pétrolière française a annoncé, lundi 21 août, l’acquisition pour 7,45 milliards de dollars (7,2 milliards de francs) du danois Maersk Oil & Gas, filiale du numéro un mondial du transport maritime A.P. Moller-Maersk.

«L’opération s’est faite assez rapidement, nous avons montré que nous étions très déterminés. Et elle s’est faite à un prix raisonnable situé entre 50 dollars et 55 dollars le baril», indique au Monde le président-directeur général de Total, Patrick Pouyanné. Elle lui permettra d’accroître ses réserves prouvées et probables de 1 milliard de barils, s’ajoutant aux 11,5 milliards actuels, et de porter sa production à 3 millions de barils (équivalent pétrole) par jour à la fin de la décennie. «Entre 2014 et 2020, la production de Total sera passée de 2,1 millions à 3 millions de barils par jour», ajoute-t-il.

La transaction, qui doit être bouclée au premier semestre 2018, prévoit que la maison mère du pétrolier danois recevra l’équivalent de 4,95 milliards de dollars en actions Total. Pour cela, le groupe émettra 97,5 millions de titres destinés à A. P. Moller-Maersk sur la base d’un prix égal à la moyenne des cours des 20 dernières séances, ce qui représentera 3,75% du capital social élargi de la major française. Celle-ci reprendra également 2,5 milliards de dollars de dette de Maersk Oil.

«Le portefeuille de Maersk est de très bonne qualité, ses équipes sont reconnues. Cela apportera du sang neuf»

Patrick Pouyanné, patron de Total

Cette opération présente de nombreux avantages pour le géant français. Maersk Oil détient de fortes positions au Royaume-Uni, en Norvège et au Danemark dans des gisements prometteurs en cours de développement, précise le patron de Total: «La mer du Nord est déjà une zone de force du groupe, et ma stratégie consiste notamment à le renforcer dans ces zones. Le portefeuille de Maersk est de très bonne qualité, ses équipes sont reconnues. Cela apportera du sang neuf [aux nôtres].»

Alors que la production d’or noir décline en mer du Nord depuis le pic de 2000, l’intégration des activités de Maersk fera passer le groupe français de la troisième à la deuxième place dans la région, derrière Statoil. «L’acquisition apporte une hausse immédiate de production de 6% et renforce sa croissance à moyen terme», souligne Valentina Kretzschmar, analyste du grand cabinet d’expertise pétrolière Wood Mackenzie.

«Cette opération équilibre nos risques»

Autre avantage pour une entreprise exposée aux aléas géopolitiques, selon Patrick Pouyanné: «Cette opération équilibre nos risques. Il y a un mois, je signais avec l’Iran, aujourd’hui avec le danois Maersk, dont 85% du portefeuille se trouvent dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques et 80% en mer du Nord.» En juin 2016, il avait déjà signé un contrat majeur avec le Qatar.

A lire: Total revient en Iran par la grande porte

Les analystes ont plutôt bien accueilli l’acquisition de Maersk Oil, qu’ils jugent raisonnable et fondée au moment où les prix bas du pétrole rendent les actifs plus intéressants. Elle est supportable pour le géant Total. «Cette opération a un fort potentiel d’amélioration de nos coûts opérationnels, notamment en mer du Nord, où les coûts de production sont élevés. Cela nous permettra de les amortir sur une base plus large.» Patrick Pouyanné a prévenu que, mi-septembre, il réviserait à la hausse son plan d’économies de 4 milliards de dollars d’ici à la fin de 2018 pour tenir compte des 400 millions de synergies attendues chaque année avec l’absorption de Maersk.

Il y a trois ans, le prix du baril commençait sa dégringolade pour tomber de 115 dollars à 50 dollars, bouleversant toutes les entreprises du secteur et entraînant des restructurations massives. Le groupe français n’a pas licencié, mais s’est imposé, selon Patrick Pouyanné, «une stricte discipline financière». «Depuis 2014, nous n’en sortons pas.» Il ne devrait pas modifier l’enveloppe d’investissement de 15 milliards à 17 milliards de dollars prévue en 2018.

Rachat d’actifs et croissance externe

En revanche, il se félicite de «pouvoir désormais utiliser les fruits de cette discipline pour être plus offensif». «Je suis convaincu que la bonne stratégie est d’être contracyclique», analyse le président-directeur général de Total: lancer des projets et acheter des actifs quand les prix sont bas pour en tirer le meilleur profit quand les cours se redressent.

Si de nombreuses compagnies ont dû céder des actifs depuis la baisse des cours du brut, les plus puissantes ont procédé à des acquisitions ces deux dernières années. En 2015, l’anglo-néerlandais Royal Dutch Shell a racheté le britannique BG pour 52 milliards de dollars. En janvier, ExxonMobil a dépensé 5,6 milliards en actions et 1 milliard en liquide pour acquérir des droits dans les hydrocarbures de schiste du bassin permien, au Texas. Et le pétrolier public russe Rosneft a annoncé, lundi, la finalisation de la reprise de l’indien Essar Oil avec ses partenaires étrangers, dont le courtier genevois en matières premières Trafigura, pour 12,9 milliards de dollars, s’ouvrant ainsi le marché Asie-Pacifique en pleine croissance.

Rachat d’actifs et croissance externe plutôt qu’exploration de nouveaux gisements d’hydrocarbures? Comme les autres super-majors, Total joue sur les deux tableaux. Mais pour la plupart d’entre elles, les coûteuses campagnes de recherches (notamment dans l’offshore profond) lancées au début de la décennie se sont révélées décevantes. Avec l’effondrement des prix du brut, elles ont drastiquement réduit ce type de dépenses et le développement des projets les plus gourmands en capitaux (gisements marins par grande profondeur, sables bitumineux du Canada).

Lire aussi: Le sort des géants du pétrole dépendra de leur dividende

S’ils bénéficient de «cibles» relativement bon marché, les pétroliers restent précautionneux. En dehors de Shell-BG, ils ne se sont pas lancés dans des fusions géantes comme au tournant des années 2000. Le prix du brut reste figé autour de 50 dollars le baril, et les perspectives d’une remontée rapide des cours demeurent incertaines.

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