Retour aux affaires pour Adecco. La Security Exchange Commission (SEC), l'autorité de surveillance de la Bourse américaine, a bouclé son enquête sur les problèmes comptables du leader mondial du secteur temporaire. Elle ne recommande aucune sanction à son égard, selon un communiqué publié mardi par Adecco. Les investisseurs ont apprécié. Le titre a pris 0,5% à 66,75 francs à la Bourse suisse. Il a gagné près de 17% depuis le début de l'année.

Cette décision met quasiment fin à la crise traversée depuis plus d'une année par le groupe vaudois. «C'est une bonne nouvelle, les dernières incertitudes sur la société sont levées», estime Eric Joyau chez Bordier & Cie à Genève. Si des poursuites collectives sont toujours en cours aux Etats-Unis, l'analyste n'y décèle aucun danger. Les plaignants – des actionnaires qui s'estiment floués par la chute du titre – réclament des dommages et intérêts. «Après la décision de la SEC, ces procédures ne devraient pas tenir longtemps.»

La crise d'Adecco remonte au 12 janvier 2004. Le groupe avertit le marché du report de ses résultats 2003 auditionnés. Il évoque des «faiblesses matérielles» dans les «contrôles internes» du groupe. Après les affaires Enron et Parmalat, ces propos affolent les investisseurs. Aucun scénario n'est écarté. L'action perd plus de 47,8% de sa valeur pour finalement clôturer ce même jour en baisse de 35,2% à 53 francs. Un terrain qu'elle n'a toujours pas regagné. Trois mois plus tard, le groupe annonce un nouveau retard. L'assemblée générale est reportée. Le titre replonge.

Dans l'intervalle, la crise fait ses premières victimes, indépendamment des actionnaires. Les départs de Felix Weber, directeur financier (CFO), et Julio Arrieta, responsable des affaires américaines d'Adecco, sont annoncés. Le président du conseil d'administration d'alors, John Bowmer, revient aux affaires en reprenant la direction générale en plus de sa fonction. Ce qui sonne comme un désaveu de l'actuel patron, Jérôme Caille, assigné aux affaires courantes. Personne n'y voit très clair.

Plus de 150 millions de frais

Les comptes sont finalement publiés le 1er juin. Pas de mauvaise surprise, si ce n'est les frais occasionnés par le travail d'audit et l'enquête. Ils s'élèvent à 100 millions d'euros (155,31 millions de francs) et pèsent lourdement sur l'exercice 2004. L'assemblée générale se tient à fin juin à Lausanne, elle est marquée par un remaniement important du conseil d'administration. Sept nouveaux membres sur neuf font leur entrée. Parmi eux, Klaus Jacobs (détenteur de 11,7% du capital) fait son retour, assurant désormais la présidence avec Philippe Floriel-Destezet (18,3% du capital). John Bowmer se retire, ce qui confirme Jérôme Caille à la tête du groupe. «Ces six mois ont sans doute compté double ou triple. C'est comme jouer à l'extérieur, plus difficile, et plus valorisant en cas de victoire […]», confiait le dirigeant en décembre à Bilan.

A moins d'une semaine de la publication des résultats 2004, prévue le 16 mars, la décision de la SEC marque le début d'une nouvelle ère. «La compagnie peut désormais se concentrer sur ses affaires», explique l'analyste Chris Burger dans une note publiée par Helvea à Zurich. Et les affaires vont bien pour la branche. «A voir les chiffres présentés par ses concurrents Vedior, Manpower et Michael Page, il n'y a pas de raison qu'ils ne soient pas bons. Les perspectives sont aussi plutôt positives», prédit Eric Joyau. Ce dernier affiche sa confiance concernant la valeur de l'entreprise. «Adecco reste le leader du secteur. A ce titre, son action mérite une prime. Au regard de sa valorisation, cette prime n'existe plus. Cela n'est pas normal, d'autant que la société sort renforcée de cette mauvaise passe», estime-t-il.