Après les Etats-Unis, Snap lance ses lunettes connectées en Europe. Baptisées Spectacles, elles sont disponibles en ligne (www.spectacles.com) depuis quelques jours en Suisse, au prix de 150 francs, et dans treize autres pays européens. A Paris, à Londres ou encore à Berlin, la maison mère de Snapchat a également installé des distributeurs automatiques éphémères, dont l’emplacement change régulièrement, comme elle l’avait déjà fait à Los Angeles et à New York.

Dévoilées en septembre 2016, les Spectacles sont des lunettes de soleil équipées d’une caméra sur la monture. Elles permettent d’enregistrer des vidéos d’une durée maximale de trente secondes, en appuyant sur un bouton situé sur le haut. Particularité: ces vidéos sont circulaires, une façon de mieux reproduire la vision humaine, explique la société de Venice Beach.

Une seule taille

Les vidéos sont ensuite automatiquement envoyées sur un smartphone et peuvent alors être partagées sur Snapchat. Une seule taille est disponible. Et trois couleurs sont proposées: noir, turquoise et corail. Pour éviter la comparaison avec les Google Glass, rapidement tombées dans l’oubli, Snap insiste sur le côté «fashion» de ses lunettes, portées pour immortaliser des instants de vie.

Passé le buzz initial, les ventes n’ont pas encore décollé. Au premier trimestre, un peu plus de 60 000 exemplaires ont trouvé preneur. Cela représente 8,3 millions de dollars de recettes, soit à peine 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise. Pour le moment, «cela ressemble davantage à une expérimentation», souligne Jan Dawson, analyste chez Jackdaw Research.

Relais de croissance

Pour Snap, l’enjeu est pourtant capital. Lors de son processus d’introduction en Bourse, la société a promis aux investisseurs de diversifier ses activités. «Snap est une entreprise de photo», et non pas une simple application de messagerie qui permet d’envoyer des photos et des vidéos éphémères, assurait-elle. Pour justifier sa valorisation, elle doit donc trouver de nouveaux relais de croissance.

Cela est d’autant plus important que Snap a fait état de résultats jugés décevants au premier trimestre 2017, accusant une baisse de 10% de son chiffre d’affaires par rapport aux trois mois précédents. Cette contre-performance a alimenté les doutes sur sa capacité à rivaliser sur le marché publicitaire, face à la domination de Google et de Facebook. A Wall Street, son action avait ainsi accusé une chute supérieure à 20%. La messagerie Snapchat comptait en moyenne 166 millions d’utilisateurs quotidiens au premier trimestre 2017, dont 55 millions en Europe.

Un drone?

Snap prévoit de lancer de nouveaux produits. Interrogé début mai en marge de la publication des résultats trimestriels, Evan Spiegel, son fondateur et patron, n’a cependant pas souhaité fournir d’indices sur les prochaines étapes de cette stratégie. Selon la presse américaine, le groupe s’intéresserait notamment à la réalité virtuelle et à la réalité augmentée. Et aux drones.

Snap aurait ainsi racheté fin 2016, Crtl Me Robotics, une petite start-up californienne spécialisée dans le domaine. Cette acquisition, qui n’a pas encore été officialisée et dont le montant serait inférieur à un million de dollars, lui permettrait d’aller plus vite. En mettant la main sur des technologies et sur des ingénieurs, Snap pourrait concevoir son propre drone pour permettre à ses utilisateurs de prendre des clichés et de se filmer depuis les airs.

Le marché est jugé prometteur. Selon le cabinet Gartner, les ventes de drones destinés au grand public ont augmenté de 60% l’an passé. Mais la concurrence est déjà féroce, avec DJI, le leader chinois du marché, et GoPro, le spécialiste américain des minicaméras.