Chimie

Après Nestlé, Clariant est soumis à rude épreuve par un investisseur activiste

Le fonds américain White Tale, premier actionnaire de la multinationale bâloise, réclame une évaluation indépendante des retombées d’une fusion avec Huntsman, son concurrent américain

En juin dernier, le fonds d’investissement américain Third Point, fort de ses 40 millions d’actions et options, soit 1,3% du capital de Nestlé, avait contraint la multinationale à revoir sa stratégie. A présent, un autre fonds activiste veut imposer sa vision sur une entreprise suisse dans laquelle il est actionnaire. Le feuilleton a débuté en mai dernier et, visiblement, il n’est pas proche de l’épilogue.

Le nouveau cas concerne la multinationale bâloise Clariant, leader mondial dans le domaine des produits chimiques et des pigments pour l’industrie textile, du cuir et du papier. Elle a annoncé la reprise de son concurrent américain Huntsman pour 7 milliards de francs en mai. Domicilié en Suisse, le futur groupe HuntsmanClariant sera valorisé à 14 milliards de francs et sera coté à Zurich et à New York. Il générera un chiffre d’affaires de 13,2 milliards, comptera 200 sites de production et emploiera 28 000 collaborateurs dans une centaine de pays, selon les documents présentés à l’époque.

Premier actionnaire de Clariant

Les économies qui résulteraient de la fusion atteindraient 3,5 milliards de francs. Les revenus augmenteraient de près de 20%. Autre détail: Hariolf Kottmann, directeur de la multinationale suisse, deviendra le président du conseil d’administration de HuntsmanClariant et l’américain Peter Huntsman, son directeur exécutif. La transaction devait être bouclée en décembre ou au début 2018.

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Mais c’est compter sans l’activisme de White Tale Holdings, un véhicule d’investissement américain créé par les fonds Corvex et 40 North. Il avait déjà fait part de son opposition à la fusion, mais dans une lettre ouverte adressée à la direction de Clariant mardi soir, il a d’abord annoncé avoir augmenté sa participation de 10% à 15,1% dans son capital, ce qui fait de lui le plus grand actionnaire de l’entreprise bâloise et il réitère sa position. Selon lui, une telle opération irait à l’encontre de la tendance à la spécialisation en vigueur dans le secteur.

En effet, avant le projet de fusion, Clariant avait décidé d’elle-même d’un recentrage de ses activités en faveur de produits moins cycliques et plus rentables. White Tale craint que ClariantHuntmann ne se disperse en se diversifiant trop. Le groupe bâlois met déjà sur le marché des produits qui n’ont rien à voir avec ses activités de base, comme le gel de dégivrage pour l’aviation et des ingrédients pour les cosmétiques, relève White Tale.

Recherche de profit à court terme

Dans sa lettre, White Tale enjoint aux administrateurs de commander une évaluation indépendante sur les répercussions de la fusion ainsi que sur les stratégies alternatives. «Sinon, nous serions obligés de voter contre la fusion», menace-t-il.

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L’entreprise Clariant n’a pas attendu pour réagir. Dans une réponse écrite publiée sur son site, elle affirme d’emblée que la question de revoir le projet de fusion ne se pose même pas. Elle fait aussi ressortir que White Tale parle de stratégies alternatives, mais ne donne aucune piste valable pour créer de la valeur ajoutée pour l’entreprise. Elle affirme aussi qu’elle continuera à convaincre les actionnaires du bien-fondé de la fusion, avant de la soumettre à leur vote. Enfin, elle accuse White Tale de vouloir faire des gains à court terme, sans se soucier de la pérennité de l’entreprise à long terme.

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