La cause semblait entendue: 2004 serait un mauvais cru boursier. Après le rebond exceptionnel de l'année précédente, les marchés avaient besoin de faire une pause. Le ralentissement prévu de la croissance aux Etats-Unis et la hausse vraisemblable des taux d'intérêt n'auguraient rien de bon pour les actions.

C'était sans compter sur le rally de novembre. L'adage qui veut qu'une année électorale aux Etats-Unis soit favorable aux Bourses est en train de se matérialiser. L'indice S & P 500 des principales actions américaines affiche désormais une progression de 6,3%. Les actions allemandes, qui devraient normalement souffrir de l'appréciation de l'euro, gagnent 7,5% et Londres 7,3%. L'indice SMI des grandes valeurs suisses fait figure de lanterne rouge avec un gain de 3,1%.

Si aucun bâton ne vient les faire trébucher, les Bourses devraient finir l'année sur des performances plus qu'honorables. La réélection de George Bush a mis les investisseurs de bonne humeur. «La force du rally post-électoral a été surprenante», commente Michel Lagier, le président du Comité de stratégie de la banque privée Edmond de Rothschild à Genève.

A côté de cette impulsion qui peut être qualifiée au choix de psychologique ou de politique, les marchés ont été soulagés par la bonne tenue des profits des entreprises au troisième trimestre. Leur progression devrait être d'un remarquable 19% pour l'ensemble de l'année 2004. La flambée du pétrole n'a pas fait aussi mal qu'on pouvait le craindre et, cerise sur le gâteau, il s'est mis à baisser depuis trois semaines. Le baril ne vaut plus que 42 dollars à Londres contre plus de 51 dollars à la fin octobre.

«Ce rally s'est développé sur de bonnes bases», observe un gérant de fonds à Genève. D'abord, la plupart des secteurs en bénéficient. «C'est sans doute parce que les investisseurs achètent beaucoup d'ETF.» Les ETF sont des fonds de placement qui reproduisent les principaux indices. Ensuite, les investisseurs semblent réduire leurs liquidités pour acheter des titres. L'afflux net d'argent frais dans les fonds de placement aux Etats-Unis a atteint 15,4 milliards de dollars en octobre, selon la société de conseil Lipper. La tendance se poursuit en novembre avec un afflux de 4,3 milliards au cours de la première semaine. Ratification du Protocole de Kyoto oblige, le secteur le plus en vogue a été les énergies renouvelables. En revanche, les fonds de placement dans les secteurs de la santé et la technologie ont subi des retraits. Le 3 décembre, les actionnaires de Microsoft recevront un dividende exceptionnel de 30 milliards de dollars. «Une grande partie sera réinvestie. Cela devrait avoir un effet sur les cours», estime un gérant de fonds à Genève.

Des actions chères

Enfin, la cherté des actions ne constitue pas encore un obstacle. Aux Etats-Unis, les actions se traitent autour de 17 fois les bénéfices de 2004, soit légèrement au-dessus de la moyenne de long terme. «Le potentiel d'appréciation n'est plus que de 5% à 10%», juge Phillipp Vorndran, le stratège de Credit Suisse Asset Management à Zurich. «Les évaluations sont trop élevées pour des investisseurs dans la valeur, mais ceux qui veulent jouer la tendance peuvent encore acheter, pense Michel Lagier. Mais attention aux prises de bénéfices qui pourraient intervenir dès avant le 31 décembre!»