Entre janvier et mars, les marchés actions occidentaux ont subi leur pire trimestre depuis la crise financière de 2008, avec des chutes de 20 à 25% de part et d’autre de l’Atlantique (à l’exception du Nasdaq, -14%). Ces trois mois seraient même devenus le pire trimestre depuis 1929 sans le rally engagé la semaine passée. Un record est tombé: il n’a fallu que vingt jours aux actions américaines pour perdre 20% par rapport à leur sommet en mars, contre quarante-quatre jours en 1929. Dans un climat de peur intense – l’indice VIX qui indique la volatilité attendue sur les marchés a atteint des sommets mi-mars –, l’épisode qui s’achève aura marqué la fin du plus grand marché haussier de l’histoire, lancé en 2009 avec les interventions des banques centrales. Reste la grande question: et maintenant?

Maintenant, ce sera «le pire marché baissier de mon vivant, dans les deux prochaines années», selon Jim Rogers, un des légendaires investisseurs de Wall Street. A cause des dégâts que le coronavirus a provoqués sur l’économie, du haut niveau de dettes et des taux d’intérêt, qui deviendront dévastateurs lorsqu’ils remonteront.

La durée du tunnel

En attendant que cette prophétie se concrétise (ou pas), les marchés restent très difficiles à lire, relève Jean-Frédéric Nussbaumer, spécialiste des marchés à la banque Gonet: «Depuis le début de la crise actuelle, l’indice de la volatilité s’approche des niveaux observés pendant celle de 2008, mais à l’époque, il avait connu des pics, atteignant jusqu’à un niveau de 90, contre 10 en temps «calme». Alors qu’actuellement il a tendance à rester élevé plus longtemps.» Il approchait 54 mercredi après-midi.

Dans le manque de visibilité ambiant, la reprise progressive de l’activité en Chine fait office de lumière au bout du tunnel. Publié mardi, l’indice PMI manufacturier chinois pour mars a nettement rebondi, à un niveau de 52 (une marque supérieure à 50 indique de la croissance), contre 36 en février.

Les indices PMI en Suisse, Espagne, Italie, France ou Allemagne, publiés mercredi, sont tous inférieurs à 50, ce qui pointe vers une contraction de l’activité, même si certains ont été supérieurs aux attentes. Reste à évaluer la durée du tunnel en Occident. La publication des chiffres de l’emploi américain en mars, ce vendredi, «donnera une meilleure idée des premières conséquences concrètes de la crise», conclut le spécialiste de Gonet.

Bientôt les premiers résultats

La reprise enregistrée sur les marchés actions depuis la semaine dernière laisse les observateurs perplexes: s’agit-il d’un rebond dans un marché baissier ou la preuve qu’un point bas a été atteint et que la hausse va reprendre? Les chiffres sont de nouveau spectaculaires. De son plus haut le 19 février à son plus bas le 23 mars, le S&P 500 a perdu 35,4%, à 2191 points. Depuis (jusqu’à la fermeture de mardi), il a repris 17,3%.

Responsable des investissements chez 1875 Finance, Loïc Schmid s’attend maintenant à «une évolution latérale des marchés, dans une marge de fluctuation de +/-10 %». Selon lui, «le prochain catalyseur pour les investisseurs viendra des résultats des entreprises au premier trimestre, qui seront publiés dès mi-avril. Il est extrêmement difficile d’anticiper ces résultats et il sera également très intéressant de découvrir les prévisions que feront les sociétés à ce moment-là.» Goldman Sachs s’attend dorénavant à une contraction de 34% du PIB américain au deuxième trimestre.

Après la publication d’indicateurs économiques en fort recul, les marchés actions américains ont commencé mercredi le deuxième trimestre dans le rouge.