La Net Economie entame sa première grande valse de licenciements en Suisse. World Online, le fournisseur d'accès Internet néerlandais, a mis à la porte ses 58 employés sur territoire helvétique. A Genève, ce sont 45 emplois qui passent à la trappe. La société est installée en Suisse depuis septembre 1999. Elle a son siège au Petit-Lancy (GE). World Online, active dans quinze pays européens, a été rachetée en décembre par l'italien Tiscali. La fondation de famille Sandoz, anciennement majoritaire, s'est ainsi désengagée après avoir vendu une grande part de ses actions. Mais la purge au sein des filiales du géant italien irrite les syndicats. La raison vient de ce qu'aucun plan social collectif n'a été proposé par l'employeur. Le comité du personnel a voté un préavis de grève pour mercredi prochain. De son côté, World Online a dit jeudi soir vouloir proposer un plan social.

L'ensemble des employés romands ont reçu leur lettre de licenciement jeudi après-midi des mains de la directrice du personnel, dont le poste a été lui aussi supprimé. Tiscali affirme que de nombreux emplois font doublon et que les salaires des employés de la centrale genevoise sont plus élevés en moyenne que ceux du siège suisse de Tiscali, basé à Bâle. La société italienne a proposé à certains cadres de World Online de réintégrer le nouveau groupe au sein de l'entité bâloise, selon de bonnes sources. Mais chaque contrat sera négocié au cas par cas, ce que rejette catégoriquement le syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT).

«Nous avons laissé une semaine à la direction de Tiscali pour qu'elle nous rencontre afin de négocier la mise en place d'un plan social. Si la rencontre n'a pas lieu avant le 28 février, nous serons obligés de faire grève pour nous faire entendre», a confié une déléguée du personnel qui préfère garder l'anonymat. Une occupation du site de World Online est le dernier moyen de faire pression sur la direction, estime une représentante du SIT. «Le personnel n'a plus rien à perdre», ajoute-t-elle.

Les opérateurs Internet sont au début d'un processus de consolidation. A terme, seuls quatre ou cinq spécialistes de grande taille se partageront le marché européen. Pour augmenter leur volume de publicité, les portails ont besoin d'une clientèle toujours plus importante. Le jeu des fusions-acquisitions est vital pour la survie des sociétés de cette branche. En poussant cette logique à l'extrême, World Online n'aurait été finalement créée que dans le but de se faire racheter. Rappelons que Nina Brinck, la fondatrice, est soupçonnée d'avoir vendu ses parts pour le malheur des autres actionnaires. Le procès est en cours aux Pays-Bas.

Avec le rachat de World Online, Tiscali espère économiser 550 à 600 millions d'euros. Mais la réorganisation n'est pas aussi facile que prévu. Les plans de restructuration planifiés à l'échelle européenne provoquent quelques remous. Les employés belges de World Online, par exemple, ont commencé mercredi une grève et en France, le personnel a lancé une protestation par le biais d'un site Internet concurrent.