Premier groupe de spécialités chimiques européen à présenter ses résultats semestriels vendredi, Ems-Chemie n'a pas déçu les attentes. Il faut dire que l'intérêt était renforcé par la phase parfois spectaculaire du passage de témoin. C'est la première fois en effet – du moins au siège du groupe à Domat/Ems dans les Grisons – que les cérémonies étaient dirigées par Magdalena Martullo, responsable opérationnelle depuis décembre dernier et fille aînée du conseiller fédéral Christoph Blocher.

Les résultats (provisoires) d'Ems-Chemie ont d'ailleurs dépassé les attentes du marché, en particulier au niveau du bénéfice opérationnel (+7,9% à 107 millions de francs). Ce qui a été de nature à raffermir la confiance des investisseurs dans la nouvelle équipe de direction. Cette dernière maintient d'ailleurs ses prévisions d'une légère amélioration des ventes et du bénéfice d'exploitation pour l'ensemble de l'année. D'où le gain de 1,4% à 106,50 francs de l'action Ems vendredi. Si Magdalena Martullo n'affiche pas le charisme de son père, elle fait preuve d'un même esprit ferme et résolu. C'est en tout cas l'avis que laissent transparaître – d'un air peut-être plus entendu que spontané – les cadres dirigeants côtoyés vendredi lors de la visite de l'entreprise.

La progression de 5,1% à 645 millions de francs des ventes au 1er semestre 2004 témoigne d'une évolution plus favorable que prévu en Europe. Et d'une accélération de la croissance au deuxième trimestre. A la faveur du programme de réduction des coûts mis en place, la marge de rentabilité du groupe a pu être améliorée tant au niveau opérationnel (la marge EBIT a passé de 16,1% à 16,6%) que du cash-flow opérationnel (EBIDTA). Le graphe ci-dessus confirme l'amélioration de la rentabilité dans le métier principal du groupe, celui des matériaux polymères (plus des trois quarts des ventes et du bénéfice de Ems-Chemie), ainsi que dans le secteur plus difficile de la chimie fine, pénalisé par des surcapacités et où les ventes ont fléchi. «L'évolution négative a pu être freinée par la réduction des coûts», explique Magdalena Martullo. Elle ajoute: «Ems-Dottikon a été confrontée à la crise avant Lonza et Siegfried. La société se situe donc à un stade plus avancé dans les assainissements.»

Non stratégique, l'unité Engineering a en revanche vu sa rentabilité diminuer. Ems-Chemie a d'ailleurs annoncé vendredi que les autorités cartellaires avaient donné leur feu vert à la vente, annoncée en mai dernier, de la société Inventa-Fischer au groupe allemand Uhde. Cette cession a soulevé la question du sort de Ems-Patvag, spécialisé dans les déclencheurs d'airbag, l'autre pôle de la division Engineering. «Patvaq est un cas spécial et un produit technique très rentable. Faut-il étoffer la société ou la vendre? La question se pose. Mais rien n'est prévu pour l'instant», assure Magdalena Martullo. Le problème se pose d'ailleurs aussi pour Ems-Dottikon centré sur la synthèse exclusive (ou sur mesure) de produits chimiques fins pour diverses entreprises pharmaceutiques ou chimiques.

Changements au conseil

Ems-Chemie se concentre ainsi sur les matériaux polymères en se tenant à l'affût des acquisitions. Plus de la moitié des applications vendues par Ems dans ce métier clé sont destinées aux grands constructeurs automobiles, à la recherche de matériaux plus légers et résistants. Les dispositifs antivols en matériau polymère mis au point par Ems ne pèsent par exemple que 250 grammes contre un kilo environ pour la variante métal. Et cela moyennant des coûts de production bien moindres. Ce processus de substitution devrait même augmenter les affaires de Ems-Chemie de 10% dans ce segment dès cette année selon la société. Changements enfin au conseil d'administration: Peter Matter, financier en place depuis cinq ans, ne se représente pas. Egbert Appel, un Allemand de 55 ans, membre de la direction de Hilti depuis 10 ans, sera proposé comme nouvel administrateur.