«Nous ne sommes plus un fabricant de souris!» Guerrino De Luca ironise volontiers devant la presse. Le patron de Logitech martèle depuis plus d'un an que sa société, bien que numéro un mondial de la souris, a élargi ses activités aux interfaces homme-machine en général. La multinationale – dont le siège se trouve à Romanel-sur-Morges (VD) – fabrique aussi des claviers, des haut-parleurs et des webcams, ces petites caméras vidéo à raccorder sur son PC pour transmettre des images par Internet. Mardi, Logitech présentait à Paris ses dernières nouveautés, dont principalement… des souris.

Le nouveau curseur de Logitech s'appelle «iFeel». Cette souris d'un nouveau genre génère des sensations tactiles dans la main. Seize petits moteurs permettent de «ressentir» les applications informatiques, par exemple le passage d'une fenêtre à une autre ou lorsque le pointeur survole un lien sur Internet. Son nouveau joujou en main, Guerrino De Luca raconte sa démarche et ses projets au Temps:

Guerrino De Luca: iFeel représente le début d'une révolution de l'interface, notamment pour Internet. Avec cette souris, on pourra donner des sensations à des sites Web. Par exemple, un marchand de vêtements pourra transmettre par Internet la différence entre le velours et la soie. Une carte en relief de la Suisse se ressentira physiquement dans la main, avec les montagnes rugueuses et les plaines lisses. La société Immation, dont nous possédons 7% du capital, développe un langage standard qui permet aux développeurs de site d'intégrer les codes nécessaires à ces sensations dans les pages Web. Nous attaquons le marché très agressivement avec ce produit pour cette rentrée des classes, avec un modèle à 39 dollars (60 francs) et un haut de gamme à 59 dollars. Nous espérons que les sites compatibles se multiplieront afin de susciter la demande.

Le Temps: Pourrez-vous toujours réinventer la souris avec de nouveaux gadgets comme celui-ci?

– La souris est comme le téléphone: elle existe depuis longtemps, mais elle change constamment. On a fait des modèles sans fil, avec plusieurs boutons, mais l'outil sert toujours à la même chose. C'est difficile de remplacer un objet devenu si naturel. Cependant, les souris totalisent moins de la moitié de nos revenus aujourd'hui. Si l'on exclut la revente sous licence aux constructeurs d'ordinateurs, la proportion tombe même à moins d'un tiers. Je tente aujourd'hui d'exploiter la croissance dans d'autres secteurs du marché comme les webcams, les claviers sans fil et de nouveaux types d'interfaces.

– Destinées à autre chose que des ordinateurs?

– Après avoir conquis le bureau, nous voulons trouver notre place sur le canapé, grâce aux consoles de jeux. La Playstation II de Sony et la XBox de Microsoft permettront de surfer sur le Net. Il faudra trouver autre chose qu'une souris pour naviguer sur le Net assis dans un fauteuil. Nous allons développer un outil adéquat pour ce gigantesque marché: il s'est vendu 50 millions de consoles Playstation dans le monde. D'une manière ou d'une autre, les télévisions du futur seront toutes reliées au Web. Notre produit s'adaptera à cette nouvelle façon de naviguer.

– Où sont les autres principales sources de croissance?

– Le standard de transmission sans fil Bluetooth, qui commence à s'imposer dans la téléphonie mobile, nous donnera une opportunité de développement. Nous allons rendre les bornes de réception de nos souris et de nos claviers compatibles avec ce standard. Bluetooth propose une bande passante plus importante que notre technologie, ce qui ouvre des possibilités nouvelles en matière d'interface. Par ailleurs, nous avons vendu un million de webcam durant le premier trimestre de l'année, ce qui est déjà un chiffre important. Mais le développement va s'accélérer, car la communication personnelle sur le Net devient visuelle. Cet été, ma fille adolescente, qui vit en Italie, m'a par exemple présenté son petit ami par un Videomail que j'ai reçu dans mon bureau californien.