Les rumeurs parlaient de HSBC. C’est sur Credit Suisse que ce sont abattues les foudres des autorités américaines mercredi, avec l’inculpation d’un cadre et de trois anciens collaborateurs de la banque par le Département de la Justice (DOJ). L’annonce fait suite à l’arrestation, début février à New York, d’un autre salarié, C. B., membre de l’équipe genevoise de Credit Suisse spécialisée sur la clientèle nord-américaine. Ce dernier a été transféré à Fort Lauderdale, en Floride, où il est entendu comme témoin.

Lundi encore, une source au sein de la banque disait espérer que les faits reprochés à C.B. s’avèrent être en relation avec son ancien emploi auprès d’UBS, chez qui il avait travaillé quinze ans avant de rejoindre Credit Suisse en 2009. «Je ne peux pas imaginer qu’il se soit passé la même chose chez nous», confiait cette source en référence à l’affaire de fraude fiscale qui avait touché UBS en 2008.

Cet espoir a été douché mercredi soir avec les inculpations d’E. A., M. B., R. S. ainsi que du responsable de l’équipe, M. P. A.. Basés à Genève, les quatre banquiers pourraient être désignés comme fugitifs aux Etats-Unis s’ils ne donnent pas suite à la procédure. Ils risquent cinq ans de prison.

Dans un communiqué qui ne mentionne pas explicitement Credit Suisse, le DOJ a indiqué mercredi que ces employés étaient accusés d’avoir «aidé des clients américains à frauder le fisc en ouvrant des comptes dans leur banque et d’autres établissements suisses». Credit Suisse a aussitôt fait savoir qu’elle collaborait avec les autorités, même si la banque n’est pour l’heure pas formellement mise en cause.

La fraude, qui porterait sur 3 milliards de dollars gérés pour des clients nord-américains par la division Credit Suisse Private Advisors, «remonte à 1953 et implique deux générations de contribuables américains ayant hérité de comptes secrets» auprès de Credit Suisse, détaille le DOJ. Cette entité, basée a Zurich, est enregistrée auprès des autorités boursières américaines.

«Après la décision de la banque de fermer les comptes non déclarés de contribuables américains, les accusés ont encouragé et assisté leurs clients dans leur transfert vers d’autres banques en Suisse et à Hong Kong», poursuit le communiqué du DOJ. Les «co-conspirateurs» auraient notamment procédé par des virements de moins de 10 000 dollars, censés échapper à la surveillance du fisc, et par des retraits par cartes de crédit.

Les autorités américaines semblent s’inspirer de la stratégie qui leur avait valu le succès dans l’opération lancée contre UBS. Une affaire qui avait commencé, en mai 2008, avec l’arrestation du chef de la division nord-américaine de la banque, Martin Liechti. Celui-ci avait collaboré avec les enquêteurs et confirmé leurs soupçons en échange de son impunité.

C. B. travaillait depuis février 2009 au sein de l’équipe genevoise dirigée par M. P. A.. Son nom ne figure pas dans l’acte d’inculpation rendu public mercredi.

Selon l’avocat Bryan Skarlatos interrogé par Bloomberg, les autorités américaines mettraient désormais à profit les données récoltées l’an dernier auprès des milliers de contribuables américains qui s’étaient dénoncés dans le sillage du scandale UBS. Plus de 15 000 personnes avaient alors déclarés des comptes cachés, fournissant quantités d’informations sur les activités illégales de banques suisses et étrangères aux Etats-Unis. Les enquêteurs ont maintenant «une image très nette» de ces fraudes, estime Bryan Skarlatos.