Finance durable

Après un premier succès, Genève veut continuer à emprunter «vert»

La première émission d’obligations vertes du canton a attiré de nouveaux prêteurs, qui voulaient avancer le double des 620 millions que l’Etat a levés pour des investissements respectueux de l’environnement

Six cent vingt millions de francs levés en une heure, avec des investisseurs désireux de prêter le double. Le canton de Genève tire un bilan positif de sa première émission d’obligations vertes, réalisée le 9 novembre dernier. Ses responsables financiers partagent avec Le Temps les enseignements de cette première levée de fonds en «green bonds» par une collectivité publique en Suisse.

Trois mois de préparation ont été nécessaires pour lancer cet emprunt vert du canton de Genève. «Nous avons commencé début août à réfléchir aux objets que nous pourrions sélectionner, explique Serge Dal Busco, le conseiller d’Etat chargé des Finances. Notre choix s’est porté sur trois bâtiments à haute performance énergétique, à savoir un nouvel hôpital, une nouvelle maternité et un nouveau centre médical universitaire. Et nous avons également mis sur pied une stratégie marketing afin de stimuler l’intérêt des investisseurs.» Dernier étage de la fusée: l’aspect durable du projet a fait l’objet d’une certification par un consultant indépendant spécialisé.

Nouveaux investisseurs attirés

En empruntant durable, le canton voulait également savoir si de nouveaux investisseurs allaient s’intéresser à sa dette. «Le format vert de notre émission a attiré de nouveaux prêteurs sensibles à la finance durable, comme des caisses de pension ou des fonds spécialisés, tandis que certains détenteurs habituels de notre dette ont relevé leur limite d’investissement», précise Pierre Béguet, directeur général des Finances à l’Etat.

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Le caractère vert de l’opération n’a en revanche pas eu d’influence sur le taux d’intérêt obtenu par le canton. La tranche de 420 millions empruntée à 10 ans est assortie d’un coupon de 0,25%, tandis que celle de 200 millions à 14 ans affiche un coupon de 0,5%. «La marge finale est un peu inférieure à la marge indicative, d’environ 2 points de base [soit 0,02%, ndlr], mais c’est le résultat de la demande importante par rapport à l’offre», explique la directrice de la Trésorerie générale de l’Etat, Adriana Jost. Cet écart fait néanmoins économiser quelque 800 000 francs à Genève.

Après cette opération que les autorités qualifient donc de succès, le canton compte recourir à nouveau à des financements verts pour cette année et la suivante. De nouveaux «green bonds» pourraient être émis afin de refinancer la part cantonale dans le futur CEVA ou pour créer de nouvelles lignes de tramways. Outre la mobilité, la formation pourrait également bénéficier de ce type d’outils, par exemple pour refinancer une école de commerce ou une haute école de gestion.

Vers un écosystème genevois

Au niveau mondial, le marché des «green bonds» devrait progresser de 30% cette année, pour des émissions totales approchant 200 milliards de dollars (186 milliards de francs), estime S&P. Durant les cinq années précédentes, cette croissance avait atteint 80% par an, précise l’agence de notation. Les Etats-Unis et la Chine devraient demeurer parmi les principaux émetteurs d’obligations vertes, tandis que la titrisation verte et les émissions souveraines devraient marquer l’année. «D’importantes sommes vont être consacrées à la transition énergétique, le secteur privé devra investir pour compenser le manque de moyens des administrations», observe Fabio Sofia, président de l’association Sustainable Finance Geneva.

«Nous aimerions constituer un écosystème genevois de la finance durable, conclut le conseiller d’Etat Serge Dal Busco. Genève possède toutes les disciplines sauf la certification, nous espérons que ce manque sera bientôt comblé.»

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