Depuis l'annonce surprise la semaine dernière par Think Tools de la constitution de 31,6 millions de francs de provisions en raison de l'échec du projet de banque Internet

«y-o-u», mené conjointement avec le groupe Vontobel, de nombreuses questions étaient en suspens au sujet de la future stratégie du groupe zurichois. D'autant que le concepteur de logiciels dédiés à la gestion du savoir en entreprise («knowledge management») affiche la plus mauvaise performance de la Bourse suisse depuis le début de l'année (–82%), malgré un rebond de 13,5% à 61,5 francs mercredi. Lors de la présentation mercredi à Zurich des résultats 2000 de Think Tools à la presse, une faible partie du voile a été levée. Think Tools doit en effet encore trouver un président à sa direction. Ce qui pourrait prendre quelques mois selon Albrecht von Müller, le fondateur et président sortant du conseil d'administration.

Quant aux résultats de l'exercice 2000, ils ressortent en ligne ou inférieurs aux dernières attentes du marché et se soldent par une perte nette de 19,8 millions de francs, après un bénéfice net de 3,9 millions en 1999. Le chiffre d'affaires et le résultat d'exploitation (voir tableau) correspondent aux objectifs à long terme fixés par Albrecht von Müller lors de l'entrée en Bourse: à savoir une croissance annuelle des ventes de 100% et une marge bénéficiaire de 40%. Ils n'en déçoivent pas moins au niveau de leur évolution trimestrielle, puisque le quatrième trimestre se solde par une perte opérationnelle de 273 000 francs. Et le premier trimestre 2001 sera lui aussi dans le rouge. Christian Neugebauer, le responsable des affaires au jour le jour (COO), prévoit en effet entre 4 et 4,5 millions de francs de charges pour seulement un million de chiffre d'affaires. Ce que les observateurs expliquent en grande partie par la perte de confiance suscitée par les multiples changements intervenus ces derniers mois au niveau de la direction et du conseil d'administration. Christian Neugebauer n'entrevoit donc le seuil de rentabilité qu'au deuxième trimestre. Pour l'ensemble de l'exercice 2001, il table par ailleurs sur un chiffre d'affaires équivalent à celui de l'année 2000. Un objectif qui semble ambitieux au vu de la faiblesse des premiers mois.

Pour retrouver le chemin du succès, le groupe zurichois a entièrement remanié son conseil d'administration en le redimensionnant de moitié. Le conseil sera en effet présidé par un nouveau venu, Jakob dit «Jack» Schmuckli (51 ans), qui succédera ainsi à Albrecht von Müller. Après avoir été notamment président de Nippon Polaroid et de Sony Europe, Jack Schmuckli siège actuellement au conseil d'administration de plusieurs sociétés suisses (Hilti, Unaxis, Vontobel, Siber Hegner, Allreal). Celui-ci confie qu'il espère bien récupérer la moitié des provisions extraordinaires constituées en 2000, considérée comme une «année perdue».

Responsable opérationnel manquant

Les actionnaires devront en outre approuver le renouvellement de trois mandats d'administrateurs, soit ceux de Thomas Schmidheiny, le patron de Holderbank, de Peter Friedli, à la tête de New Venturetec, ainsi que celui d'Albrecht von Müller. En revanche, quatre administrateurs se retirent, dont Flavio Cotti, l'ancien président de la Confédération. Analyste chez Lombard Odier, Pierre Gabris déplore surtout l'absence de responsable opérationnel et de partenaire de distribution dont souffre actuellement Think Tools.