Bitcoin Suisse n’aura pas de licence bancaire. Du moins pour l’instant. Le fournisseur zougois de services financiers spécialisés dans les cryptomonnaies affirme dans un communiqué, mercredi matin, avoir retiré sa demande auprès de la Finma après un examen du conseil d’administration. Le message du régulateur est, lui, un peu différent: il «considère, au stade actuel, que sa demande d’autorisation bancaire ne peut pas être approuvée».

La Finma, qui a informé Bitcoin Suisse, donne même les raisons de ce scepticisme. Elle cite «divers éléments», mais pointe en particulier «des indices de lacunes dans le dispositif anti-blanchiment». La société reste surveillée par un organisme d’autorégulation du point de vue du droit sur le blanchiment d’argent, précise encore le communiqué.

Déjà des licences

Obtenir une licence bancaire n’est donc pas facile, en particulier pour un acteur spécialisé dans les cryptomonnaies. Mais pas impossible: la Finma a déjà distribué quelques-unes de ces autorisations. Sygnum et Seba Crypto ont été les premiers à les recevoir en 2019.

Pour Bitcoin Suisse, cette issue «n’est pas une déception», affirme au Temps son directeur général, Arthur Vayloyan. Seul regret: que la Finma ait insisté pour évoquer la question des mécanismes anti-blanchiment: «Nous n’avions jamais dit que nous étions prêts et, franchement, entre 2019, date à laquelle nous avons déposé la demande, et aujourd’hui, notre société s’est transformée, ce n’est plus la même.» L’entreprise, assure-t-il, emploie cinq fois plus de personnes que lorsque la requête a été déposée. Soit 250 collaborateurs.

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Bitcoin Suisse ne renonce pas complètement à obtenir ce sésame, et se laisse la possibilité de «reconsidérer une telle demande après avoir mis en place les mesures qui correspondent avec la forte croissance de ses activités». Cette mise entre parenthèses est même une façon de «reculer pour mieux sauter», selon les mots d’Arthur Vayloyan. Qui a surtout voulu se concentrer sur les aspects positifs: des chiffres record depuis une année.

Bénéfice dix fois plus important

La société fondée en 2013 publiera ses résultats détaillés en juin, mais elle s’attend à des revenus dépassant les 45 millions de francs et à un bénéfice net de plus de 15 millions. Soit deux fois plus de chiffre d’affaires et dix fois plus de profit que l’année précédente. «Notre bénéfice augmente plus vite que nos revenus, ce qui signifie que nous sommes plus productifs», poursuit le responsable. Alors que le bitcoin flambe depuis le début de l’année, janvier et février ont été tellement intenses que ces deux mois représentent le même niveau d’activité que toute l’année 2020. Arthur Vayloyan s’est également félicité du recrutement de 120 personnes l’an dernier: «Alors que des entreprises déposaient le bilan, licenciaient ou demandaient des prêts à l’Etat, nous, nous engagions.»

Suite à une levée de fonds de 45 millions de francs l’été dernier, la société est valorisée à un peu plus de 300 millions. Cela fait d’elle l’une des sociétés liées aux cryptomonnaies les plus importantes de Suisse. L’été dernier, la société projetait aussi une entrée en bourse, mais pas avant fin 2022-début 2023. Si Bitcoin Suisse peut avoir des dépôts – à hauteur de plus de 1 milliard de dollars –, c’est parce qu’elle peut profiter d’une exception de l’ordonnance sur les banques: les dépôts ne sont pas considérés comme tels si la société bénéficie d’une garantie bancaire.