Après la tempête le beau temps. Suite à la folle journée de mardi, le Nasdaq a gagné 0,49% pendant la séance de mercredi. Ce retour au calme montre à quel point la forte volatilité de l'indice vedette des valeurs technologiques est liée à des automatismes et à des comportements irrationnels. La bulle spéculative dénoncée par de nombreux analystes financiers n'attendait qu'une épingle pour pouvoir exploser. Finalement, elle n'a fait que de se dégonfler. Après analyse, deux éléments cruciaux ont précipité la chute du Nasdaq il y a deux jours de 13,6% en trois heures: l'appel de marge lié à l'endettement des ménages et les ordres de vente informatisés (programmed trading).

Depuis trois ans, Wall Street est vu comme un nouvel Eldorado. Voulant profiter de cette aubaine, les foyers américains ont largement emprunté pour acheter des titres en offrant pour seule garantie d'autres actions. Tant que le marché est à la hausse, l'opération est très profitable étant donné que l'on joue sur les deux tableaux, mais quand la tendance s'inverse, le retour de manivelle est douloureux. L'effet de levier se retourne contre l'investisseur, le plus souvent un petit porteur, et la maison de courtage oblige celui-ci à vendre pour honorer le remboursement de la dette. Il s'agit là d'un appel de marge. Cette procédure provoque la baisse des cours qui, dans un cercle vicieux, stimule d'autres ventes. Résultat: la valeur des titres s'effondre. D'après le New York Times, certaines maisons de courtage de la place ont vu le nombre d'appels de marge multiplié par quatre lors de la journée très mouvementée de mardi.

L'autre raison de cette chute libre tient aux systèmes informatiques. Selon Magali Berla, analyste auprès de Lombard Odier & Cie pour le fonds orienté sur la Nouvelle Economie Infology, «les logiciels programmés pour vendre les actions à partir d'un certain seuil ont induit un effet boule de neige». Une fois déclenchés, les programmes produisent eux-mêmes les conditions favorables à la vente et contribuent de fait à la déconfiture par simple automatisme.

La courbe de chute montre clairement des pauses de quelques minutes. Ce n'est qu'au quatrième palier que les opérateurs, des investisseurs institutionnels pour la plupart, sont entrés dans la danse et ont commencé à acheter dans un marché peu liquide. La tendance s'est alors inversée et l'indice vedette des valeurs technologiques a limité les pertes au cours de la séance à 1,77%. La surévaluation des cours et le manque de transparence dans l'évaluation des titres de la Nouvelle Economie sont à l'origine de ce signal de purge.

Confiance ébranlée

En dix jours, la confiance et l'optimisme qui étaient de mise dans ce nouveau secteur ont été ébranlés. Les premières fissures ont été détectées la semaine passée pour certaines sociétés cotées au Nasdaq. Comme le souligne Jacques Favre, gérant du Cyberfund de la banque Darier & Hentsch, «Legato, une entreprise spécialisée dans les systèmes de sécurité de données, s'est fait épingler par Price Waterhouse pour avoir manipulé sa comptabilité en enregistrant des ventes qui n'étaient pas encore effectives». Une fois cette irrégularité rendue publique, le cours du titre a plongé de plus de 50% en une séance. Microstrategy (logiciels) a connu pareille mésaventure et sa valeur boursière a été divisée par trois en quelques minutes. Le marché des valeurs technologiques connaissait là ses premières convulsions. Mais c'est le jugement de lundi sur Microsoft et son possible démantèlement qui a porté l'estocade. Après avoir été malmené mardi, le Nasdaq a repris le cours d'un long fleuve tranquille.