Depuis le début de la pandémie de covid, les feuilletons économico-sanitaires se succèdent. L’an dernier, les projecteurs se sont rapidement lassés de la quête printanière de masques de protection pour se pointer sur la course aux vaccins. La menace d’une troisième vague et l’apparition de nouveaux variants consacrent désormais la stratégie des tests à grande échelle.

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Mais pour cela, il faut des tests. Des millions de tests. Lors de la conférence de presse du Conseil fédéral, l’Office fédéral de la santé publique s’est montré rassurant, tout en admettant que des ruptures de stocks occasionnelles dans certaines pharmacies pourraient survenir. Interrogée par Le Temps, la Société suisse des pharmaciens n’a pas connaissance d’actuels problèmes de livraisons.

Des autorisations facilitées

Dernier rouage de ce mécanisme, les autotests – dont le degré de précision fait débat – se font encore désirer en Suisse. A l’heure actuelle, aucune solution de ce type n’a reçu l’aval de Swissmedic.

L’autorité de validation des médicaments vient de publier une directive qui prévoit une procédure simplifiée pour l’autorisation de tels diagnostics, tout en cherchant à assurer la qualité et l’efficacité des solutions choisies. Ailleurs en Europe, des pays comme l’Allemagne ont déjà ouvert la voie. A ce jour, une dizaine de sociétés ont homologué leurs produits. Parmi elles, Siemens Healthcare Diagnostics, Biosynex ou encore SD Biosensor.

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C’est alliée à ce producteur coréen que Roche a validé sa solution outre-Rhin. Le groupe bâlois a annoncé cette semaine qu’il allait déposer un dossier en Suisse. De quoi rassurer les autorités car, pour l’heure, Swissmedic indique ne pas avoir de demande en attente. «Il est difficile pour les entreprises, notamment les sociétés asiatiques, de composer avec la situation actuelle, décode Philippe Etter, expert au sein de la société de conseil Medidee. Chaque pays européen a des critères et une interprétation différents, ce qui leur complique la tâche.»

Un marché dominé par les Asiatiques

Lors de la propagation du nouveau coronavirus en Suisse, plusieurs acteurs locaux, y compris des laboratoires hospitaliers, se sont lancés dans ce créneau. En Suisse romande, la firme vaudoise Quotient et le tandem valaisan formé par Augurix et la start-up Gadia se sont notamment fait connaître.

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Dans le canton de Berne, une entreprise est même née de la crise pour cibler ce marché. Il faut préciser qu’elle est issue d’une autre société déjà au bénéfice d’une certification européenne. En temps normal, l’obtention de cet indispensable sésame peut prendre de douze à dix-huit mois.

Pour les tests à faire chez soi, des procédures simplifiées ont été introduites dans plusieurs pays. «Attention, prévient Philippe Etter, cela ne signifie pas que n’importe qui pourra se lancer dans cette activité. Au fil des mois, Swissmedic a augmenté les barrières pour éviter d’avoir des tests de piètre qualité.» L’autorité fédérale a déjà établi une liste de 25 entreprises qui ont obtenu un feu vert pour leurs tests rapides à usage professionnel. Les candidats pour des solutions de tests à domicile se trouvent en principe dans ce groupe, selon l’expert en certification Philippe Etter.

Roche en embuscade

Une seule entreprise d’origine suisse, Willi Fox, y figure. Les acteurs coréens et chinois sont largement dominants, à l’instar du partenaire de Roche. Comment expliquer que si peu de sociétés helvétiques s’y soient intéressées? «Ce n’est pas un marché facile car il est très volatil, observe Philippe Etter. Si l’entreprise a des bons réseaux de production en Chine ou en Inde, cela peut être un business intéressant, mais il faut aller très vite. En Suisse, cela pourrait être attractif pour une société de taille moyenne.»

Sans articuler de chiffres à ce stade, le géant bâlois nous a indiqué s’estimer bien positionné pour livrer des grandes quantités de tests nasaux en Suisse. Le groupe rhénan a investi 600 millions de francs l’an dernier pour étoffer son portefeuille de solutions de diagnostics.

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