franc fort

Après Von Roll, Essilor tente de baisser le salaire de ses frontaliers

La mesure toucherait une quinzaine de salariés de la multinationalefrançaise. «Totalement illégal», préviennent les syndicats

Il y a eu la tentative de Von Roll Infratec. C’est à présent au tour du spécialiste des verres optiques Essilor de tenter de reporter les effets du franc fort sur le salaire des employés frontaliers. Sur les quelque 35 salariés de la filiale genevoise de la multinationale française, qui s’occupe de la gestion administrative et commerciale, une quinzaine résidant sur sol français seraient concernés.

Quelques semaines après son annonce en juillet dernier, a confirmé lundi Unia, Von Roll Infratec a de son côté renoncé à appliquer de telles baisses de salaires sur ses sites de Choindez et Delémont (JU) suite aux avertissements des syndicats. Dans le cas d’Essilor, ceux-ci préviennent à nouveau que la mesure s’avère «totalement illégale».

Selon le témoignage d’un des employés recueilli par Le Temps, la direction générale aurait réuni la quinzaine d’employés frontaliers la semaine dernière pour leur annoncer – oralement – qu’en raison de la baisse du chiffre d’affaires, leur salaire serait à l’avenir adapté au cours de l’euro, sur une base de un euro pour 1,30 franc suisse.

Le groupe Essilor, qui emploie 42 000 personnes dans plus de 100 pays, est régulièrement présenté comme une «star du CAC40». Ses ventes, de 3,9 milliards d’euros en 2010, affichent une croissance moyenne de 9% par an depuis 2006, et ce «hors effets de change», précise le groupe dans ses comptes annuels.

Pour l’employé interrogé par Le Temps, l’adaptation proposée par la direction impliquerait une baisse de 300 francs sur son salaire mensuel de 5000 francs. Il pense refuser. Un avenant au contrat de travail devrait être proposé individuellement à chacun des employés concernés.

Lundi, il était impossible d’obtenir confirmation de l’information du côté d’Essilor Suisse. La directrice financière indique seulement «qu’aucune mesure n’a été prise, je n’ai pas d’informations à ce sujet». De son côté, la directrice des ressources humaines admettait «avoir eu des échos d’une réunion de la part de membres du personnel au retour des vacances», mais sans en savoir davantage. Le directeur général, seul habilité à s’exprimer publiquement, était injoignable lundi.

L’embarras de la direction d’Essilor est compréhensible. «Une telle mesure est en effet totalement illégale», prévient Jean-Christophe Schwaab, secrétaire central de l’Union syndicale suisse (USS) et docteur en droit économique. A double titre: d’abord en faisant reporter le risque économique sur ses salariés, une telle baisse de salaire serait contraire au Code des obligations. Sur le principe également, un tel projet remettrait en question le principe, défendu mordicus par les syndicats, selon lequel les entreprises supportent les risques de change, mais encaissent les gains.

De plus, une telle pratique pourrait être considérée comme une discrimination entre résidants en Suisse et frontaliers, et contreviendrait à l’accord sur la libre circulation des personnes signé avec l’Union européenne. Celui-ci interdit expressément un traitement différencié en fonction de la nationalité ou du lieu de résidence.

Cela dit, admet Jean-Christophe Schwaab, rien n’empêcherait un employeur de licencier un salarié qui refuserait une telle modification de son contrat de travail. «La mesure serait choquante, illégale même, mais en raison de l’absence de protection contre les licenciements en Suisse, le salarié n’obtiendrait au mieux que six mois de dédommagement. Mais son licenciement resterait valable», selon le syndicaliste.

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