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Des travailleurs migrants récoltent des laitues dans une ferme du Kent. Cet été, des exploitations ont manqué de main-d’œuvre.
© Neil Hall/Reuters

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Après le vote du Brexit, le Royaume-Uni fait face à une pénurie de main-d’œuvre

Depuis le vote en faveur de la sortie de l’Union européenne, l’immigration a baissé, provoquant un manque de personnel dans la restauration, l’agriculture et même les hôpitaux

Alex Wretham possède un bar, un restaurant et une brasserie à Ealing Broadway, dans l’ouest de Londres: soixante-cinq employés, pour une PME florissante. «Mais certains jours, notre activité est au bord de la rupture parce qu’on ne trouve personne pour laver la vaisselle», explique le patron de Charlotte’s. Il a tout essayé: les petites annonces locales, le contact direct avec les jobcentres locaux (agences gouvernementales), les agences de travail temporaire… Rien n’y fait, la dizaine de personnes dont il a besoin pour faire la plonge est extrêmement difficile à trouver.

Nombre de nouveaux migrants en baisse

Bien sûr, dans une capitale britannique qui est en situation de plein-emploi, il a toujours été compliqué de trouver des travailleurs pour ces tâches «très dures», de l’aveu même d’Alex Wretham. Mais le vote en faveur du Brexit en juin 2016 a soudain bouleversé l’équilibre fragile qui était en place.

Non pas que les règles d’immigration aient changé ou que le patron de Charlotte’s voie beaucoup d’Européens quitter Londres, mais parce que le nombre de nouveaux migrants s’est réduit. «Depuis que la livre sterling s’est effondrée, ceux qui viennent ici pour travailler très dur pendant quelques mois et envoyer de l’argent chez eux sont beaucoup moins nombreux. La valeur de ce qu’ils gagnent ici, transférée en monnaie locale, a beaucoup baissé.»

Le Brexit n’est pas la seule explication

L’expérience d’Alex Wretham devient de plus en plus courante au Royaume-Uni. Restaurants, hôtels, exploitations agricoles, entreprises de construction mais aussi hôpitaux et sociétés d’aide à domicile peinent désormais à trouver la main-d’œuvre nécessaire. Le Brexit n’est pas la seule explication: le chômage au Royaume-Uni est à 4,3%, au plus bas depuis quarante-deux ans.

Lire aussi: Brexit: premiers signes de ralentissement économique

Dans ces conditions, certains secteurs dépendent de l’afflux constant de main-d’œuvre immigrée. Selon l’Association de l’hôtellerie britannique (BHA), le secteur a besoin de 62 000 nouveaux arrivants par an pour fonctionner.

Il n’est pas pour autant question de parler d’exode depuis le Brexit. Les dernières statistiques de l’immigration, qui s’arrêtent au mois de mars 2017, indiquent que le nombre d’Européens arrivant au Royaume-Uni reste plus élevé que le nombre de départs. Mais le flot se tarit progressivement: le nombre net d’arrivées (immigration moins émigration) a baissé de 30% en un an, à 127 000 personnes entre avril 2016 et mars 2017.

Saisonniers britanniques?

L’agriculture fait partie des secteurs qui en souffrent. Barfoots est une grande exploitation du sud de l’Angleterre, qui emploie entre 650 et 1000 personnes selon les saisons. «Cet été, pour les récoltes, il nous manquait environ 15% de la main-d’œuvre nécessaire», témoigne Julian Marks, son directeur. Soit une cinquantaine de paires de bras.

Et encore: Brexit: Theresa May reconnaît le risque de «conséquences» économiques

Là encore, le principal problème a été la chute de la livre sterling. Chaque année, Barfoots recrute directement en Europe de l’Est. En 2016, elle avait reçu 1500 candidatures; cette année, il n’y en avait que 900. Le Royaume-Uni est devenu moins attractif.

Barfoots ne peut-elle pas employer à la place des saisonniers britanniques? «Dans notre région, le chômage est extrêmement bas, rappelle Julian Marks. Les étudiants ou les gens sans qualification peuvent se tourner vers d’autres secteurs où les conditions sont moins dures.» Alex Wretham le dit autrement. «Difficile de tirer un Britannique du lit pour aller faire la vaisselle.»

Il n’y a pas que les emplois peu qualifiés qui sont concernés. Partout au Royaume-Uni, les infirmières manquent à l’appel. Dans un récent courriel interne, le directeur des hôpitaux de Leicester a révélé que la moitié de ses infirmières européennes avaient quitté ses établissements depuis le référendum, soit plus de deux cents d’entre elles.

Les infirmières espagnoles et portugaises rentrent

Là encore, le principal problème est d’attirer de nouvelles recrues. Il y a quelques années, les hôpitaux de Leicester recrutaient quarante infirmières européennes par mois. Sur l’ensemble de 2017, seules treize ont accepté de venir.

Comme pour les autres secteurs, le Brexit ne fait qu’accentuer un problème déjà aigu. «Historiquement, le Royaume-Uni ne formait pas assez d’infirmières, et avec l’austérité, le nombre a encore été réduit, explique Anita Charlesworth, de l’association Health Foundation.

Les recrutements en Europe ont servi à compenser.» Les embauches avaient principalement lieu en Espagne et au Portugal, des pays où la crise de la zone euro a provoqué des licenciements dans la santé. Aujourd’hui, l’embellie économique de ces pays, doublée de la chute de la livre sterling, pousse les infirmières à rentrer. Et pendant ce temps-là, les négociations sur le Brexit n’avancent pas.

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