Les rachats d'actions par les entreprises sont entrés depuis plusieurs années dans le paysage financier, au même titre que les diminutions de valeurs nominales. Ces deux méthodes de réduction du nombre ou de la valeur des actions à disposition des investisseurs sont autant de méthodes appréciées par les entreprises pour optimiser leurs profils financiers et réduire leurs charges.

La diminution du capital est d'abord une manière d'améliorer les ratios de rentabilité financière. Deux critères très surveillés par les investisseurs en ressortent embellis: le bénéfice par action (BPA) et le rendement des fonds propres (return on equity - ROE). En effet, un bénéfice identique affichera un montant en francs plus élevé s'il est divisé par un nombre réduit d'actions, et un rendement des fonds propres - calculé en pourcentage - accru, si la base des fonds propres s'est amoindrie durant l'exercice.

La réduction de la valeur nominale des actions (justifiée notamment par des raisons fiscales) ou le rachat de celles-ci par l'entreprise «peut être un signal de cette dernière à destination des marchés financiers pour signaler qu'elle se sent sous-évaluée», expose Hanspeter Gehrer, responsable de la banque d'affaires de Vontobel à Zurich.

Tous les économistes n'expriment pas la même opinion. Pour Paul Dembinski, associé du cabinet Eco'Diagnostic à Genève, la progression des ratios de rentabilité par la diminution de la base de fonds propres apparaît comme une «aberration» car la progression de la rentabilité financière s'appuie sur une base «artificielle».

La Suisse, marché en recul

Sans cacher qu'un remboursement équivaut quelque part à l'échec d'une stratégie d'expansion, l'entrepreneur fait cependant le calcul suivant: plutôt que de rémunérer le capital fourni par ses actionnaires, il rend cet argent, quitte à se retrouver avec un niveau de fonds propres insuffisant pour réaliser ses projets plus tard. Cela présente-t-il un risque? Pour Paul Dembinski, cette situation aboutit à une situation de sous-investissement.

Les professionnels de la finance y voient plutôt le signe d'une optimisation financière en attendant que l'entreprise lève de nouveaux fonds destinés à financer une acquisition ou un investissement majeur, soit par une augmentation de capital, soit par le recours à la dette. «Elles évitent le gaspillage de liquidités inutilisées», observe Jérôme Vial, expert en marché des capitaux chez Ernst & Young à Zurich

«Les entreprises recherchent le maximum de flexibilité financière», ajoute Hanspeter Gehrer. Dans un schéma idéal, elles préfèrent ajuster à la baisse le niveau de leurs fonds propres, quitte à recourir, en cas de besoin, à la dette, dont le coût peut être moins élevé qu'une levée de capitaux propres. Simple question d'arbitrage.

De nombreuses entreprises suisses ont fait ce calcul et ont conclu qu'il fallait abaisser le niveau de leurs fonds propres. Selon la banque Vontobel, le montant total de tous les rachats d'actions en Suisse a dépassé en 2004 et 2005 les montants des nouvelles émissions. Et l'an dernier, les deux sommes étaient presque à égalité, à 12,9 milliards de francs pour les nouvelles actions, et 12,8 milliards pour les rachats.

Ces données rejoignent celles de Citigroup (voir le tableau ci-dessus), qui classent la Suisse parmi les marchés financiers ayant enregistré un rétrécissement de leur marché. Elles se traduisent, enfin, par les opérations parfois spectaculaires auxquelles se livrent les grandes sociétés suisses (voir le tableau ci-dessous). Pour résumer, sur les 24 sociétés du SMI, 12 sont actuellement engagées dans des opérations de rachats de leurs propres actions.