Ares-Serono devrait terminer la dernière année du siècle en fanfare. Le troisième groupe pharmaceutique suisse annonce des résultats records pour son premier semestre 1999. Ses ventes progressent à un rythme confortable et ses marges, jusqu'ici en retrait par rapport à d'autres acteurs du secteur, relèvent la tête.

Sur près de 500 millions de dollars de chiffre d'affaires, 67% proviennent de la vente de médicaments issus du génie génétique (contre 43% au premier semestre 1998). C'est la première fois que la majorité des affaires du groupe provient de ces produits de la nouvelle génération. Ares-Serono se trouve à un moment crucial de son histoire. Ces performances records «commencent à refléter (notre) ambition, qui est de devenir le leader mondial de la biotechnologie», comme l'écrit le groupe dans son communiqué.

Jacques Theurillat, le directeur financier d'Ares-Serono, a confirmé les objectifs de ventes d'un milliard de dollars sur l'année. Quant aux perspectives annuelles du bénéfice net, elles ont été réévaluées à 150 millions de dollars plutôt que les 130 millions préalablement annoncés en mars par le PDG, Ernesto Bertarelli. Le bénéfice net record de 86,3 millions de dollars (contre 45,6 au premier semestre 98) s'explique par le règlement d'un conflit avec les autorités fiscales américaines au sujet des prix de transferts pratiqués par le groupe avec sa filiale d'outre-Atlantique. Au terme de quatre ans d'audit, l'accord prévoit que l'impôt sur le revenu de la société passera de 23% à une fourchette de 14 à 16% cette année. «A l'avenir, prévoit Jacques Theurillat, nous devrions passer d'un taux d'imposition global (n.d.l.r.: sur le revenu, mais aussi le capital, l'immobilier, etc.) de 27 à 21%.»

La concurrence se durcit

«L'évolution positive des marges se fera grâce à la substitution des produits de l'ancienne génération par de nouveaux issus du génie génétique», analyse Michael Sjöström de Pictet & Cie. Le Gonal-F dans le domaine de l'infertilité, spécialité historique de Ares-Serono, illustre parfaitement ce changement de paradigme puisque ses prédécesseurs étaient conçus à partir d'urine humaine. La marge opérationnelle (qui n'était que de 16% en 1998 alors que la concurrence affichait des performances de 25 à 30%) devrait s'améliorer pour atteindre 20% cette année. Les projections de l'analyste de Pictet & Cie tablent sur une progression à 23% en 2000 et à 25% dès 2001. Mais la concurrence se durcit. Le néerlandais Akzo Nobel a pris une part de marché plus importante dans le domaine de l'infertilité que les 20% qu'il détenait encore l'an dernier contre 70% à son concurrent suisse.

Ares-Serono ne désespère pas d'imposer son Rebif aux Etats-Unis. Ce médicament vendu dans 35 pays et qui intervient dans le traitement de la sclérose en plaques a vu ses ventes tripler au deuxième trimestre. «C'est un très bon produit, voire meilleur que ceux proposés par la concurrence, souligne Michaël Sjöström. Mais il ne faut pas avoir d'espoir mal placé à l'endroit du marché américain. C'est une affaire au mieux légal, au pire politique.» Washington a protégé l'accès à son marché à travers l'Orphan Drug Act de 1983 qui vise à favoriser la recherche dans les maladies peu fréquentes (dites aussi orphelines). Les Etats-Unis garantissent jusqu'en 2003 l'exclusivité à deux médicaments (Avonex de Biogen et Betaseron de Schering) pour le traitement de la forme progressive récurrente de la maladie, rappelle Michel Thierrin, analyste de Bordier & Cie. La firme suisse poursuit ses négociations avec la Food and Drug Administration. L'enjeu est de taille: une introduction du Rebif outre-Atlantique devrait permettre à Ares-Serono de réaliser des ventes supplémentaires de 300 à 400 millions de dollars par an alors que le chiffre d'affaires de la firme devrait atteindre le milliard cette année.

Au-delà des médicaments qui assurent aujourd'hui la croissance du groupe, Michaël Sjöström estime: «Ares-Serono a fait de gros efforts pour acquérir de nouveaux produits. En terme de chiffres d'affaires, les cinq à sept prochaines années sont assurées avec ce qu'ils ont dans le pipe-line.»