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Ariane de Rothschild: «La fin du secret bancaire pousse à être innovant»

Ariane de Rothschild a repris la direction de la banque Edmond de Rothschild. Elle poursuivra la transformation de l’établissement basé à Genève

«La fin du secret bancaire pousse à être innovant»

Banque Ariane de Rothschild a repris la direction de la banque Edmond de Rothschild

Elle poursuivra la transformation de l’établissement basé à Genève

En fonction depuis début février, Ariane de Rothschild détaille la stratégie du groupe Edmond de Rothschild et analyse les perspectives de la place financière suisse. L’établissement basé à Genève publiait mardi soir ses résultats pour l’année 2014.

Le Temps: Vous êtes entrée en fonction comme présidente du comité exécutif du groupe au début du mois de février. Pourquoi ce changement?

Ariane de Rothschild: J’ai été longtemps vice-présidente du conseil d’administration et j’étais déjà proche de la banque par goût et par ma formation dans la finance. C’est le rôle d’un actionnaire familial d’être proche de son cœur d’activité. Avec les transformations en cours dans la banque et sur la place financière, nous avons ressenti, avec mon époux Benjamin, le besoin de nous rapprocher encore davantage. Cela donne des signaux forts de stabilité de l’entreprise et d’engagement de l’actionnaire. C’est important aussi de montrer aux équipes que nous sommes présents à leurs côtés.

– La banque avait lancé un plan stratégique 2013-2016. Qu’en est-il aujourd’hui?

– Le plan, qui consistait à organiser nos différentes banques en un groupe cohérent et instaurer des systèmes de contrôle de risque plus sûrs encore, est en grande partie abouti. Il est évident que lorsque l’on regroupe des entités qui ont l’habitude d’être très indépendantes, cela n’est pas toujours simple. Aujourd’hui, nous dépassons ces questions d’organisation et nous amorçons une nouvelle phase de développement du groupe Edmond de Rothschild.

– Vous remplacez Christophe de Backer, qui avait lancé les transformations de la banque. Est-ce que ce travail est achevé? D’où son départ?

– Toutes les banques se trouvent face à des défis importants. Et je ne parle pas que des établissements suisses. Il ne s’agit pas seulement des enjeux réglementaires, mais aussi de l’évolution de la relation avec le client ou de la révolution numérique. Les transformations peuvent déstabiliser les équipes, il faut être à leurs côtés. Nous avons beaucoup investi dans quelques grands chantiers, comme l’informatique, qui n’est pas qu’une question de support et qui est fondamental pour déterminer l’approche que nous privilégions avec les clients. Prenez les nouvelles générations, à l’évidence, elles ne fonctionnent qu’avec Internet et sur mobile.

– Ce départ a surpris et beaucoup de démissions ont été enregistrées, les changements ont-ils été mal perçus? Etes-vous intervenue pour stabiliser la situation?

– Comme toujours, les changements sont agréables pour une moitié de la population et désagréables pour l’autre. Il faut être capable de s’adapter et de se remettre en question. Nous faisons aujourd’hui partie d’un monde où changer vite est une nécessité. Ici, la place financière vit un changement culturel très important et elle doit achever sa conversion à la transparence.

– Où en êtes-vous dans la régularisation de vos clients?

– S’agissant de la nouvelle clientèle, il n’est évidemment plus concevable d’accepter des clients qui ne seraient pas en règle mais c’est déjà vrai depuis plusieurs années. L’échange automatique d’informations qui entrera en vigueur pour la Suisse en 2018, et dès 2017 pour d’autres entités du groupe, ainsi que les programmes d’amnistie fiscale nous permettent d’accompagner nos éventuels clients existants qui en auraient besoin dans leur processus de régularisation.

– Qu’avez-vous pensé des révélations sur les pratiques de HSBC provenant des SwissLeaks?

– Ces révélations mélangent plusieurs aspects, notamment fiscaux, réglementaires mais également de blanchiment. Pour les premiers, on juge rétroactivement des pratiques qui n’étaient pas répréhensibles à ce moment-là. Cette façon de sortir les éléments de leur contexte pose problème. Cela dit, les cas de blanchiment, s’ils sont avérés, sont très étonnants.

– Comment voyez-vous l’évolution de la place suisse?

– Il faut aujourd’hui réinventer le modèle, parce que beaucoup de clients venaient en Suisse pour des raisons fiscales. Mais c’est une bonne chose de devoir changer. Le secret bancaire pouvait créer une panne intellectuelle car il était alors moins vital de savoir attirer les clients, de présenter des performances extraordinaires ou d’être créatifs dans les produits à offrir. Ces changements nous poussent à être innovants. Je viens d’un univers de salle de marché, où on est jugés sur nos performances, notre qualité, notre créativité. Je suis confiante en notre capacité, ici à Genève, à créer une nouvelle dynamique. Le secteur en est capable, mais un gros effort de remise en question est nécessaire.

– Vous mentionnez l’adaptation à l’ère digitale. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour la banque?

– La technologie est un sujet prioritaire et nous y travaillons activement. Nous avons besoin d’un système informatique qui nous permette de nous adapter aux besoins des clients. Nous réfléchissons par exemple à ce que nous pourrions rationaliser. Il existe des acteurs efficaces dans ce domaine qui pourraient nous accompagner.

– Les excédents de fonds propres sont-ils déposés à la BNS?

– Oui, en partie, et l’impact des taux d’intérêt négatifs se fera sentir en 2015. Il y a un sentiment partagé par la majorité des banques privées suisses que cette mesure est injuste et n’affecte pas toutes les catégories de banques de la même manière. Ceci pourrait conduire vers une concurrence inéquitable dans notre pays. Et pourrait même mettre en péril une partie du modèle suisse de banque privée.

– Envisagez-vous des acquisitions?

– En Suisse, il n’y a plus tellement d’opportunités mais nous regardons cependant les possibilités ici ou à l’international parce que l’environnement est favorable et que nous avons un bilan sain et solide.

– Quelles sont les perspectives pour 2015?

– En 2015, le métier de gérant de fortune continuera à être confronté à un environnement très exigeant. Nous avons de grandes ambitions internationales, en Afrique et en Asie. A l’échelle du groupe, nous ouvrons un bureau à Pékin dans les prochaines semaines pour faire de la gestion d’actifs. Nous continuons d’ailleurs de développer ce segment dans toutes nos implantations, en Suisse, à Paris, à Londres et au Luxembourg.

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