Des remarques misogynes lâchées par un administrateur, plus de vingt employés licenciés pour harcèlement sexuel, les numéro un et deux qui démissionnent à quelques heures d’intervalle… La direction d’Uber semblait avoir touché le fond en mars, lorsque son fondateur et directeur, Travis Kalanick, avait publiquement demandé pardon pour son comportement déplacé. Mais cette semaine, trois nouvelles affaires sont venues entacher l’image de la société de mise en relation entre chauffeurs indépendants et passagers. Uber n’a depuis ce mardi plus de numéro un – Travis Kalanick s’est mis en retrait –, plus de numéro deux, et le chantier pour changer sa culture d’entreprise s’annonce vaste.

L'entreprise californienne n’a plus rien d’une start-up. Fondée en 2009, la multinationale – qui possède en Suisse des activités à Lausanne, Genève, Bâle et Zurich –, compte 12 000 employés dans le monde, sans compter les millions de chauffeurs qui lui sont affiliés. Uber a levé plus de 13 milliards de dollars (autant en francs) depuis sa création, et sa valorisation atteint 69 milliards – ce qui en fait la société non cotée en bourse la plus chère au monde. Désormais, l’entreprise fait face à trois défis.

1. Changer la culture d’entreprise

«Il n’y a pas de problème de harcèlement sexuel dans l’entreprise», affirmait fin mai le directeur des ressources humaines. Deux semaines plus tard, le cabinet d’avocats Perkins Coie, mandaté par Uber, rendait publiques 215 plaintes d’employés: 54 pour discrimination, 47 pour harcèlement sexuel, 45 pour comportement non professionnel, 33 pour intimidation… Un nouvel exemple de blague sexiste a eu lieu en ce début de semaine, au moment où Arianna Huffington présentait une nouvelle venue au conseil d'administration, Wan Ling Martello. «Les données montrent que quand il y a une femme au conseil d’une entreprise, il y a plus de chances qu’il y en ait une seconde», dit Ariana Huffington. David Bonderman, autre membre du cénacle, lui répond: «Plus exactement [les données] montrent qu’il y a plus de chances d’avoir davantage de bavardage.» Il démissionnera quelques heures plus tard.

Wan Ling Martello, actuelle responsable de Nestlé pour l’Asie, l’Océanie et l’Afrique sub-saharienne et ancienne directrice financière du géant veveysan, est également l’une des directrices d’Alibaba et siège au sein du comité d’audit du géant chinois de l'e-commerce. Elle était précédemment responsable de la stratégie en ligne de Wal-Mart. Elle n’est pas la seule femme récemment engagée: la semaine passée, Frances Frei, professeure à Harvard, était nommée responsable de la stratégie, et Bozoma Saint John, directrice chez Apple, était nommée responsable de la marque chez Uber.

Ces femmes devront s’appuyer sur le rapport, remis le 13 juin à Uber, réalisé par Eric Holder, ancien procureur fédéral. Ses 47 recommandations vont de «limiter l’alcool lors des événements d’entreprise» à «interdire les relations entre employés et managers», en passant par «accroître l’indépendance du conseil d’administration».

2. Trouver de nouveaux responsables

La liste des postes vacants est longue: directeur général, directeur opérationnel, responsable marketing, responsable de la technologie… Le nom de Rachel Holt, responsable d’Uber pour les Etats-Unis et le Canada, a été cité pour remplacer Travis Kalanick. Garrett Camp, cofondateur d’Uber, est aussi pressenti pour remplacer Travis Kalanick. Arianna Huffington pourrait également assurer un intérim, même si elle n’a pas d’expérience dans la gestion d’une société de transport. Cette semaine, la fondatrice du «Huffington Post» a affirmé que «un nouvel Uber va émerger, porté par l'empathie, la collaboration et mettant en avant les gens.» 

3. Devenir bénéficiaire

Uber disposerait de plusieurs – le nombre exact n’est pas connu – milliards en cash récoltés via ses dernières levées de fonds, il n’y a donc pas d’urgence à devenir bénéficiaire. Mais la société accumule les pertes: 708 millions de dollars au premier trimestre 2017, pour un chiffre d’affaires de 3,8 milliards. Un an plus tôt, sur la même période, la perte avait été de 991 millions. Sur l’ensemble de 2016, l’entreprise a perdu 2,8 milliards de dollars tout en réalisant un chiffre d’affaires de 6,5 milliards de dollars.

Uber réduit donc ses pertes, mais fait face à une concurrence tant aux Etats-Unis (notamment par Lyft) qu’en Asie, via plusieurs acteurs locaux. La société de transport, financé entre autres par Google, Toyota ou le fonds souverain d’Arabie saoudite, ne dit pas quand il compte être bénéficiaire. Une entrée en bourse n’a jamais été évoquée pour l’heure.


Le directeur d’Uber Suisse quitte aussi ses fonctions

Avant le retrait provisoire du patron d’Uber, Travis Kalanick, le directeur du spécialiste de la location de voitures avec chauffeur pour la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, Rasoul Jalali, a quitté lui aussi ses fonctions. Son successeur n’est pour l’heure pas encore désigné, affime la société de transport.

A compter du mois d’août, Rasoul Jalali siégera au conseil d’administration de Pegasus Digital. Dans un communiqué , l’entreprise sise à Freienbach (SZ), qui se revendique comme un laboratoire d’idées, précise que leur nouvelle recrue veut se concentrer sur l’élaboration et le lancement de nouveaux modèles d’affaires dans le secteur numérique. Il n’y a a priori aucun lien entre ce départ et les turbulences que traverse Uber au niveau mondial depuis plusieurs mois.

Agé de 35 ans, Rasoul Jalali a participé ces trois dernières années au développement des activités d’Uber en Suisse. Les activités de Uber en Suisse romande – concentrée pour l’heure à Lausanne et Genève – sont dirigées par un autre responsable, Alexandre Molla, nommé en décembre dernier. (LT)

 


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