Le Temps: Vous réclamez un boycott du dentifrice Colgate, des explications officielles à la Suisse et des réparations au canton de Genève. Comment allez-vous procéder?

Arnaud Montebourg: Chaque chose en son temps. Je souhaite, en tant que député de l'opposition française, qu'une procédure soit entamée contre Colgate Palmolive. J'attends à ce sujet des explications du gouvernement français sur le départ de Colgate Palmolive. Sur le front suisse, je souhaite avoir un éclaircissement des autorités. Une exonération pendant six ans, c'est du vol.

– Plus concrètement. De quelle manière allez-vous agir à l'encontre de Genève?

– Pour le moment, nous allons demander des explications. Au vu de ce qui sera dit, nous établirons s'il y a eu préjudice, violation.

– Dans quelle mesure Genève viole-t-il les recommandations de l'OCDE sur la concurrence fiscale dommageable, selon vous?

– En créant une exonération temporaire pour attirer de la matière, il y a un préjudice direct qui s'élève à 40 millions d'euros. C'est un acte de dumping, de piraterie.

– La Suisse ne figure pourtant plus sur la liste noire de l'OCDE?

– La Suisse a l'habitude de jouer au chat et à la souris.

– Le chancelier Gerhard Schröder a évoqué l'idée de réduire l'impôt sur les sociétés. Si ce projet se matérialise, pourriez-vous vous en prendre à terme à l'Allemagne?

– Le taux d'imposition pratiqué par l'Allemagne est d'environ 30%. Il est en ligne avec les autres grands pays européens. Même l'Irlande pratique, avec 12%, un impôt deux fois plus élevé que Genève. Nous sommes dans une zone d'infraction à la morale publique. Cette méthode est inacceptable. Il s'agit d'un racket, d'une pratique de paradis fiscaux. Elle provoque l'indignation en France.

– Quelles autres armes pourrait utiliser la France pour lutter contre la concurrence fiscale?

– Nous pourrions adopter des contre-mesures. Il n'est cependant pas question de diminuer l'impôt sur le capital.