La France peut-elle continuer à être un pays où les syndicalistes arrachent les chemises des patrons et où les manifestations sociales dégénèrent trop souvent en violences urbaines? C’est, au-delà du cas des prévenus jugés par le tribunal correctionnel de Bobigny mercredi, la question à laquelle les magistrats devaient répondre.

En octobre 2015, les images de cadres d’Air France pourchassés par des salariés en colère, leurs chemises déchirées en pleine grève de la compagnie aérienne, avaient fait le tour du monde. Quelques mois plus tard, en juin 2016, les dégradations commises en plein centre de Paris contre l’hôpital pédiatrique Necker, dans le sillage d’un défilé de la CGT, avaient ravivé cette image de violence sociale problématique dans l’Hexagone.

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Un an après les faits commis contre les cadres d’Air France, et alors que la compagnie a entre-temps réussi à lancer un plan de réformes début novembre, la justice a toutefois tranché. Trois des anciens salariés – ils avaient été licenciés pour faute dans la foulée des événements – ont été condamnés à quatre mois avec sursis pour violences. Dix autres employés et ex-employés se voient infliger des amendes entre 500 et 1000 euros pour avoir porté atteinte à des biens matériels au siège de la compagnie, sur le site de l’aéroport de Roissy. Un verdict obscurci par le fait que le flou demeure sur les responsabilités de cet arrachage de chemises. Plusieurs personnes responsables de la bousculade, que les caméras de surveillance n’ont pas repérées, auraient finalement échappé au procès.

Le plan de réforme «Trust Together»

D’un point de vue symbolique, le conflit d’Air France est très révélateur de ce qui se passe en France, à l’aube d’une campagne présidentielle qui sera sans doute centrée sur les promesses de coupes dans les dépenses publiques, et de déréglementation du droit du travail portée par François Fillon, vainqueur incontesté de la primaire de la droite dimanche dernier. Le groupe Air France-KLM vient en effet de faire approuver un pan de réformes, et la compagnie française a complètement modifié sa direction.

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Le nouveau PDG du groupe, Jean Marc Janaillac, avait marqué un point en expliquant clairement, dès son arrivée aux commandes début juillet, que «la disparition éventuelle d’Air France» ne pouvait pas être exclue. Il avait aussi expliqué qu’avoir à bord l’Etat Français, actionnaire à 17%, n’empêchera pas la pire faute de réformes en ces temps de concurrence acharnée des low cost sur les destinations régionales, et des compagnies du Golfe sur les long-courriers.

Résultat: un consensus a pu être trouvé. Et l’intitulé même du plan de réformes en cours – «Trust Together» ou la confiance ensemble – confirme que la violence appartient peut-être au passé. Les cadres victimes de l’arrachage de chemises restent pour leur part discrets. Mais une ironie supplémentaire en dit long sur l’évolution de la France et de son économie. L’un d’entre eux, Pierre Plissonnier, directeur de l’activité long-courrier, n’est autre que le fils de Gaston Plissonnier qui fut l’un des dirigeants les plus staliniens du Parti communiste français.