Publication

Des articles scientifiques gratuits pour les enfants

L’éditeur lausannois Frontiers a lancé une version de son site pour les enfants, Frontiers for Young Minds. Un sponsor a été trouvé pour les traductions

Frustrée par les méthodes de publication traditionnelles, la spécialiste en neurosciences de l’EPFL Kamila Markram a fondé il y a dix ans la société lausannoise Frontiers, spécialisée dans l’édition de publications scientifiques en libre accès. La start-up s’est transformée en PME à succès, avec plus de 200 collaborateurs à travers le monde, des bureaux à Lausanne, Londres, Madrid et Seattle et des milliers d’articles scientifiques gratuits mis à la disposition de tous sur une plate-forme en ligne. C’est ce qu’on appelle de la science ouverte.

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En 2013, l’éditeur lausannois a lancé une version pour les enfants et les adolescents de 8 à 15 ans, nommée Frontiers for Young Minds, qui fournit également gratuitement des articles scientifiques. Dès l’année prochaine, toutes les publications seront traduites, à savoir les 150 articles déjà proposés sur le site. Grâce au soutien financier de la fondation du magnat des télécoms Patrick Drahi et de son épouse Lina, les traductions démarreront en hébreu, puis en espagnol. Le français devrait suivre. «Nous n’avons pas encore de calendrier spécifique pour le français, mais c’est une langue prioritaire. Nous espérons déployer nos articles dans autant de langues que possible dans les futures années», note Emma Clayton, responsable du projet, qui se réjouit de rendre la science accessible à tous les enfants à travers le monde.

Une relecture par les enfants

Concrètement, un comité de rédaction au sein de Frontiers for Young Minds identifie les publications présentant des découvertes récentes, susceptibles d’intéresser les plus jeunes. Il peut s’agir d’articles publiés par Frontiers ou par d’autres éditeurs. «Nous invitons les auteurs à vulgariser leurs travaux pour qu’ils soient compréhensibles pour les enfants. Ce nouvel article est alors soumis à la relecture d’un enfant ou d’une classe. Nous activons ensuite un forum interactif qui permet aux auteurs de voir les commentaires des jeunes critiques. Les retours sont souvent très directs, dit, amusée, Emma Clayton. Une fois les révisions insérées, l’article est validé par l’éditeur associé et transmis à Frontiers pour la production.»

Actuellement, les articles sont liés à six thématiques: les neurosciences, l’astronomie, les sciences de la Terre et ses ressources, la biodiversité, la santé et les mathématiques. D’autres domaines suivront, notamment la robotique. «Depuis le lancement de Frontiers for Young Minds, nous comptabilisons 315 000 téléchargements. Et 500 enfants ont déjà participé aux relectures», note Emma Clayton. Parmi les auteurs, Courtney Thomas, un chercheur à l’EPFL a, par exemple, écrit un sujet sur les nanotechnologies et le traitement du cancer. L’article a été relu par Aidan, 12 ans, vivant à San Francisco. «Les parents intéressés peuvent s’inscrire sur notre site. Mais ce sont souvent les écoles qui effectuent ce travail en classe, après avoir étudié un sujet en lien avec l’article», précise Emma Clayton.

Bouleversement du modèle économique

Le modèle économique de Frontiers for Young Minds est différent de celui de Frontiers. Tous les articles y sont gratuits, et les auteurs n’ont pas à payer pour être publiés. Le modèle repose uniquement sur du sponsoring.

En revanche, du côté de la maison mère d’édition Frontiers, les scientifiques ou les universités qui ont passé le processus de contrôle et de relecture doivent payer jusqu’à 2500 francs pour publier leur article. Ces revenus permettent de financer Frontiers, qui a bouleversé le modèle classique où les universités s’abonnent aux revues pour que leurs scientifiques puissent les consulter. Ces abonnements coûteraient environ 14 milliards de dollars au niveau mondial par an.

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