Le Temps: La zone euro a publié cette semaine des chiffres positifs. Voyez-vous une sortie de crise?

Arturo Bris: La crise de l’euro est finie. Personne ne doute de la survie de l’euro comme c’était le cas il y a un an. Le problème aujourd’hui est la récession. L’Europe est toujours minée par l’incertitude et un manque de confiance. Les institutions sont là, mais nous n’avons ni d’union ni de leadership politique. L’Europe a besoin d’un de Gaulle ou d’un Roosevelt en Europe.

– Il y a eu de bonnes nouvelles aux Etats-Unis tant sur le plan de la création d’emplois que de la consommation en juillet…

– Si les Etats-Unis retrouvent durablement la santé, le reste du monde suivra. Ils achètent les produits et services de tous les pays. Les liens transatlantiques sont solides. L’Europe et les Etats-Unis ont besoin l’un de l’autre. Les derniers indicateurs montrent que l’économie mondiale se trouve sur la bonne voie, même si elle prendra des années pour retrouver le niveau d’avant la crise. La crise européenne a des conséquences négatives aussi sur la Chine qui compte beaucoup sur ses exportations. Mais, l’Allemagne, principal partenaire de la Chine, n’est pas en récession. Le ralentissement des exportations constaté en Chine n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Il réduit le risque de surchauffe. Pékin peut aussi prendre des mesures d’urgence pour aider l’économie chinoise. Globalement, la situation a évolué de façon positive depuis une année.

– On revient sur le choix entre la discipline financière ou le déficit pour relancer la croissance…

– Les deux idées ne sont pas contradictoires. La discipline implique la responsabilité. Elle ne veut pas dire que vous devez dépenser seulement ce que vous gagnez. Le déficit fiscal a tout son sens en période de récession. Il faut faire la distinction entre investir dans des infrastructures et dépenser dans des éléphants blancs.

– Comment voyez-vous les perspectives en Suisse?

– Le risque lié à un franc trop fort n’a pas changé. L’argent continue à affluer dans le pays. La Banque nationale suisse a montré sa grande capacité à maintenir le taux de change. Les craintes d’inflation ne se sont pas matérialisées. Le secteur bancaire se réinvente avec un certain succès. Le secret bancaire est mort, mais d’autres facteurs – stabilité politique, maîtrise de l’inflation et localisation du pays au centre de l’Europe – maintiennent l’attractivité de la place financière suisse. Il y a certes des pressions au sujet de l’argent issu de l’évasion fiscale abrité dans les banques suisses. Mais cela est avant tout un problème des Etats-Unis et de l’Europe. Cela dit, il n’y a aucune raison de trop insister sur ce secteur. Il ne représente que 7 à 10% du PIB national. La Suisse est avant tout un pays industriel et sur ce plan, elle est un îlot de prospérité.