Comme en 2016, la Suisse occupe cette année le deuxième rang au hit-parade de la compétitivité mondiale, selon le 29e classement de l’IMD, école de management à Lausanne, publié mercredi. Elle est devancée par Hongkong et se trouve devant Singapour. Les Etats-Unis sont relégués au quatrième rang, sous l’effet des incertitudes économiques de la présidence Donald Trump.

Le rapport sur la compétitivité contient cette année un classement de 60 pays selon le niveau de numérisation de leur économie. La Suisse occupe le 8e rang, derrière Singapour, la Suède, les Etats-Unis, la Finlande, le Danemark, les Pays-Bas et Hongkong. Arturo Bris, son auteur principal, analyse la performance de la Suisse. Il revient aussi sur la pertinence même du rapport. «Il ne faut pas confondre la compétitivité et la concurrence», dit-il.

Le Temps: Quels sont les principaux enseignements de ce rapport 2017?

Arturo Bris: Il intervient dans une période d’instabilité politique et d’incertitude économique. Tous les pays ne sont pas directement concernés, mais les conséquences pèsent sur tout le monde. Ensuite, il tient compte de cette période de convergence économique mondiale. La reprise s’installe sauf pour quelques pays, comme le Brésil. Des risques existent en Chine et au Moyen-Orient, mais dans l’ensemble la conjoncture est favorable. Ce qui n’était pas le cas depuis plusieurs années.

– Vous publiez aussi et pour la première fois un classement des pays selon l’état de numérisation de leur économie. Quelle est son utilité?

– Nous avons toujours pris en compte des éléments comme le nombre de téléphones par pays ou la rapidité d’accès à Internet. Désormais, nous pensons que la compétitivité numérique mérite une attention particulière. Prenez le cas de la Suisse: elle est au deuxième rang du classement de la compétitivité, mais au huitième sur le numérique.

– Pour quelles raisons?

– La Suisse a de nombreuses faiblesses. Alors que les entreprises se disent prêtes pour la transition numérique, la population reste réticente. Le Suisse moyen ne veut pas embrasser les changements dans sa vie quotidienne. Sur 60 pays passés au crible, la Suisse occupe le 51e rang sur ce point précis. Un exemple plus concret: l’assurance en ligne n’a toujours pas fait de percée.

– Plus généralement, la Suisse se trouve toujours en haut du peloton. Peut-elle aller plus loin?

– Notre objectif est de mettre le doigt sur les points faibles et de souligner les points forts. En 2015, lorsque la Suisse est descendue à la quatrième place, nous craignions la «japonisation» de son économie, c’est-à-dire une longue période de récession. Aujourd’hui, nous pouvons conclure que malgré l’appréciation du franc et une conjoncture mondiale encore faible, le pays a montré une résilience impressionnante. La politique, les entreprises et les travailleurs ont su se réorganiser et redéfinir les stratégies.

En 2017, la Suisse doit faire face à de nouveaux défis: elle n’attire plus les investissements étrangers. Des incertitudes extérieures comme le Brexit et la politique économique du président américain Donald Trump demeurent. Autre point faible: l’hostilité envers la mondialisation est en hausse en Suisse. C’est paradoxal pour un pays qui dépend beaucoup des exportations.

– Pourquoi les grands pays de la zone euro – Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Espagne – ne se trouvent-ils pas en haut du classement?

– Ne vous méprenez pas. L’Allemagne (14e) est une économie très compétitive. Ses exportations sont en hausse. Elle est le contraire du Royaume-Uni, qui nage dans l’incertitude liée au Brexit, ou de la France, dont le secteur public est coûteux, inefficace et improductif.

– Au fait, pourquoi tout le monde doit-il s’engager dans une course à la compétitivité?

– Il ne faut pas confondre compétitivité et concurrence. Il n’y a pas de course entre Etats. Dans des systèmes démocratiques, ces derniers sont maîtres de leur politique économique.

– Mais les Etats sont bien engagés par exemple dans la concurrence fiscale, pour attirer les investisseurs, non?

– La concurrence fiscale n’est pas mauvaise en soi. Chaque pays a sa propre logique. Les entreprises ne vont pas dans un pays uniquement pour les impôts. Le vrai problème, c’est que les entreprises s’installent dans des pays à faible taux d’imposition alors qu’elles devraient payer les impôts là où elles génèrent les bénéfices. Uber n’a pas à payer des impôts en Irlande sur les bénéfices réalisés en Suisse. Il ne faut pas en vouloir à Uber, mais plutôt aux Etats qui permettent aux entreprises de transférer leurs profits dans des pays fiscalement avantageux.

– Par ailleurs, les Etats qui doivent être toujours plus compétitifs pour pouvoir exporter…

– Vous ne pouvez pas généraliser! La compétitivité est un facteur qui compte pour les exportations. Mais des Etats compétitifs ne sont pas tous des exportateurs nets, à l’instar des Etats-Unis. Le président Trump veut rendre son économie compétitive afin que les entreprises américaines n’aient pas de raison de délocaliser leur production. C’est une bonne politique. Donald Trump dérape lorsqu’il parle de protéger les Etats-Unis de la concurrence. Une économie basée sur les exportations n’est pas l’unique modèle valable.