PALUDISME

Asaq, la pilule qui fait de l'ombre à Novartis

Sanofi, avec l'aide d'une ONG, casse les prix pratiqués par le géant bâlois.

Depuis que Bill Gates investit une partie de sa fortune dans deux fondations (Medecine for malaria venture et Malaria vaccine initiative), le «marché» de la lutte contre le paludisme devient soudain très disputé. Ce nouvel intérêt engendre une spirale de baisse des prix qui permettra de mieux combattre la malaria qui tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique, et fait courir un risque à 2 milliards de personnes.

Lancé dans quelques jours, le dernier-né de ces médicaments, nommé Asaq, coûte moins d'un demi-dollar pour les enfants et moins d'un dollar pour les adultes. Comme le signale le journal Le Monde, il s'agit du fruit d'une collaboration entre l'organisation non gouvernementale (ONG) Drugs for neglected diseases (DNDi) et le groupe pharmaceutique français Sanofi. L'accord, déjà annoncé en avril 2005 à Londres, repose sur un budget de 4 millions d'euros, dont le tiers est versé par l'Union européenne. Il couvre la prise en main par DNDi, avec des centres de recherche en France, en Grande-Bretagne, en Malaisie et au Burkina Faso, d'une nouvelle forme galénique d'un produit déjà vendu par Sanofi dans treize pays.

Asaq combine deux principes actifs (artésunate et amodiaquine) dans la même pilule, ce qui réduit à six le nombre de doses. La nouvelle formule, comparée au médicament concurrent Coartem de Novartis, ne doit pas être avalée avec du lait ou des aliments gras et, surtout, convient aux enfants de moins de dix kilos. Les groupes pharmaceutiques, associés ou non à des ONG, rivalisent dans la recherche sur le paludisme. Bill Gates finance la mise au point d'un vaccin, en soutenant notamment GlaxoSmithKline, mais aide aussi Novartis à élaborer une formule de Coartem, au goût de cerise, adaptée aux nourrissons. «Cette nouvelle version devrait être disponible en 2008», précise un porte-parole de Novartis.

Produit à perte

En septembre 2006, le groupe bâlois, qui s'en était longtemps tenu à une politique de vente au prix coûtant (1,57 dollar), a abaissé à un dollar le prix moyen de son traitement.

Les nouvelles formes de financement par partenariat public-privé changent la donne. Seuls sept des vingt projets de recherche de nouveaux médicaments contre la malaria sont entièrement financés par les entreprises.

«Nous sommes favorables à cette évolution pour les maladies dites négligées, mais cela comporte le risque de voir décliner l'intérêt des entreprises à mener seules ces recherches», note Guy Willis, de la Fédération internationale de l'industrie pharmaceutique. «Nous avons besoin de nouvelles thérapies contre le paludisme», ajoute Novartis, qui vient précisément de lancer un projet cofinancé (20 millions de dollars) par des tiers, dont Bill Gates.

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