La nouvelle a surpris nombre d'observateurs. Depuis le 5 juillet, Jean-Marc Roduit a repris les rênes de la Société Vinicole de Perroy (SVP). Après avoir successivement passé de l'UBS à la Migros, puis à la SBS, ce Valaisan d'origine a été le grand orchestrateur, pendant onze ans, de l'expansion du groupe Magro en Suisse romande. Une expansion qui n'est d'ailleurs pas terminée puisque Fribourg et Bienne sont les prochaines villes sur la carte où l'enseigne à l'éléphant devrait bientôt se déployer. «Magro va très bien et sa santé financière comme son indépendance sont désormais assurées, précise aujourd'hui Jean-Marc Roduit. Pour moi, au niveau stratégique le principal était fait, je suis donc devenu réceptif à de nouveaux défis comme cela a toujours été le cas lors de mes différentes orientations de carrière.»

Son arrivée en terre vaudoise est cependant essentiellement une affaire d'hommes, comme il aime à le répéter. Les relations nouées au fil des ans avec l'avocat et professeur de droit François Chaudet ont en effet grandement influencé sa décision. Ces deux personnes ont déjà eu l'occasion de se fréquenter au sein du conseil de Corodi, une centrale d'achats pour distributeurs romands, devenue entre-temps Syntrade, «une machine à 15 milliards de francs». Lorsque François Chaudet, président de la Vinicole de Perroy, lui a proposé le poste d'administrateur délégué de la société, Jean-Marc Roduit n'a pas mis long à accepter, pour autant que les collaborateurs acceptent l'homme et son approche du marché. Après deux jours de séminaire, l'affaire était conclue.

L'arrivée d'une personne d'expérience à la tête de la SVP, rompue aux habitudes de consommation, ne pouvait mieux tomber. La société a traversé quelques années noires, se traduisant par une succession de directeurs généraux et une rentabilité faiblissante. Au milieu de l'année dernière, le conseil d'administration décidait un assainissement complet du groupe dans lequel gravitaient onze sociétés. Dans un premier temps, la Compagnie Financière du Château d'Allaman (CFCA), la compagnie holding, fusionnait avec ses filiales la Société Vinicole de Perroy et les Caves Bujard, renommées pour l'opération Caves-Inter SA, pour ensuite se scinder en deux. L'ancienne SVP a ainsi pris le nom de SFC, Société Foncière de La Côte, dotée d'un capital de 1,3 million et détentrice des participations financières et du patrimoine immobilier (le Château d'Allaman en particulier). Dans la foulée, une nouvelle Vinicole de Perroy a été inscrite au registre du commerce en mai 1998 en tant que société anonyme. Celle-ci regroupe tous les actifs et passifs d'exploitation ainsi que l'activité commerciale du groupe.

Opération lourde

Pour les actionnaires de la CFCA - les Retraites Populaires, la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) et quelques particuliers -qui se retrouvent aujourd'hui dans la Société Foncière de La Côte, l'opération aura été lourde. L'essentiel du capital de la CFCA, doté de 40 millions, a servi à sauver la situation. Les Retraites Populaires et la BCV ont toutefois été d'accord d'offrir une nouvelle chance à cette entreprise pour avoir constitué à part égale un capital de 10 millions en faveur de la nouvelle Vinicole de Perroy, entièrement libéré.

Pour Jean-Marc Roduit, c'est donc une nouvelle ère qui s'ouvre avec des objectifs précis à réaliser. Avec ses trois domaines en propriété (Verban à Bardonnex, Saugey à Féchy et le Château d'Allaman), l'achat de la vendange auprès de 150 familles viticultrices et des capacités d'encavage de 7 millions de litres, la SVP, fondée en 1937, représente à elle seule une part du marché suisse de 5%. A partir de là, tout est à faire. «Nous sommes à deux vendanges de la globalisation du marché, rappelle Jean-Marc Roduit. Dans ces conditions, il est indispensable de s'ouvrir au monde dès à présent et de se préparer à une concurrence difficile.» Les plans sont ainsi tout tracés: présence sur Internet, campagne promotionnelle et de marketing, informatisation de l'entreprise en étroite relation avec les grossistes et les distributeurs, réorganisation de la logistique avec plusieurs partenaires dans les différents cantons, vitrine interactive au Château d'Allaman et surtout une valorisation du produit basée sur la qualité, la force du terroir et de la tradition. Des alliances ne sont d'ailleurs pas exclues, notamment pour prospecter l'énorme potentiel du marché allemand. «Je me sens à nouveau animé d'une grande passion», conclut Jean-Marc Roduit. Vu le succès de Magro, c'est d'excellent augure pour l'avenir de la SVP.