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BlackRock, le premier gestionnaire d'actifs au monde, fêtera ses 30 ans l'an prochain. La place financière suisse pourra-t-elle imiter la rapidité de sa croissance?
© EDUARDO MUNOZ / Reuters

UN ŒIL SUR LA PLACE

Asset management: l’union fait la force

Avec plus de 2000 milliards de francs d’encours, l’asset management représente plus de 35% des actifs totaux gérés en Suisse. Davantage de solidarité locale est nécessaire pour passer à l’étape suivante

Lorsque, en mars 2009, Hans-Rudolf Merz annonce que la Suisse allait adopter les normes de l’OCDE sur l’assistance fiscale, les augures n’ont pas tardé à prédire non seulement la fin du secret bancaire, mais aussi la mort de toute la place financière. Aujourd’hui, force est de constater que ce séisme, pour profond qu’il ait été, n’a pas eu les conséquences qu’on pouvait craindre.

En effet, le private banking suisse a su se transformer en un temps record pour devenir une industrie moderne et transparente, sans pour autant renoncer à la relation personnelle ni à la compétence de gestion. Il a ainsi continué à attirer les grandes fortunes de ce monde, comme en témoigne la croissance continue des avoirs en gestion enregistrée ces dernières années.

La grenouille contre le boeuf

Mais surtout, la place financière a fait le choix de développer en parallèle son secteur de la gestion d’actifs, ce qui a permis d’équilibrer ses activités et de trouver de nouvelles sources de croissance. Aujourd’hui, avec plus de 2000 milliards de francs d’encours, l’asset management représente déjà plus de 35% des actifs totaux gérés en Suisse. Notre pays occupe désormais la 4ème place dans la gestion d’actifs en Europe et chez de nombreux acteurs de la place, cette ligne d’affaires fait d’ailleurs désormais jeu égal avec la gestion privée.

Pourtant, l’évolution reste encore lente et des voix s’élèvent pour estimer qu’en s’attaquant aux géants mondiaux de cette industrie impitoyable, la Suisse n’a aucune chance de succès et qu’elle ressemble à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf. Ce complexe d’infériorité, très fréquent dans notre culture helvétique empreinte de modestie et de retenue, n’a pourtant aucune raison d’être.

Base large

Certes, notre place financière n’est pas – et ne sera probablement jamais – l’égale de New York et de Londres, mais il n’y a pas lieu de comparer des pommes avec des poires, ni de s’autoflageller. Par ailleurs, s’il n’est pas aussi rapide qu’on pourrait l’espérer, il faut relever que ce développement repose sur une base large et diverse. En Suisse romande par exemple, on rencontre une grande variété d’acteurs, ce qui procure à l’ensemble une meilleure stabilité.

De fait, à côté des grandes banques, des établissements cantonaux et des divisions d’asset management des banques privées historiques comme Pictet, Lombard Odier et UBP, on trouve la gestion d’actifs d’établissements plus petits comme Mirabaud et Syz, mais aussi des spécialistes bien établis comme Unigestion ou Fundana, auxquels il faut désormais ajouter des boutiques performantes comme Decalia, Dominicé, Alatus, Mirante ou LumX pour n’en citer que quelques-uns.

Cette richesse se retrouve également au niveau des stratégies, avec des franchises fortes dans une large variété de classes d’actifs, en particulier dans celles qui exigent une compétence pointue et qui génèrent la plus grande valeur ajoutée, comme le financement de projets d’infrastructure ou les petites sociétés cotées. Bien diversifiée, tant au niveau des fournisseurs que des produits, cette industrie est ainsi plus robuste.

Un succès venu de la base

Paradoxalement, cette qualité de l’offre s’explique en partie par la relative lenteur de la croissance du secteur. Nourrie par la seule demande des investisseurs, la gestion d’actifs a développé des racines plus profondes. Par ailleurs, il faut ajouter que l’asset management suisse bénéficie de conditions-cadres favorables.

Tout d’abord, l’importance du private banking en Suisse lui a permis de pouvoir compter sur un bassin solide d’investisseurs privés, tandis que le système de fonds de pension LPP a assuré un flux régulier de fonds institutionnels. De plus, du côté de la production, la Suisse n’est pas partie de zéro et a pu tirer parti des compétences de gestion de pointe développées en Suisse depuis des siècles.

Le rôle positif de la FINMA

A ces facteurs de soutien, il faut ajouter l’impact favorable de la dernière révision de la LPCC qui permet désormais aux sociétés suisses gérant des fonds de placement étrangers d’être réglementées par la FINMA, ce qui a permis une véritable reconnaissance internationale et assure une certaine euro-compatibilité. Le rôle de la FINMA dans ce développement ne s’est d’ailleurs pas limité à la mise en place de cette licence de gestionnaire de placements collectifs.

En effet, très à l’écoute des besoins des professionnels, le régulateur a fortement augmenté ses ressources au cours des dernières années, ce qui a permis une accélération du traitement des demandes, notamment grâce à sa procédure accélérée pour l’enregistrement des fonds de placement suisses.

Passer à l’étape suivante

Si ces premiers pas sont réjouissants, il en faudra toutefois un peu plus pour passer à la vitesse supérieure et permettre à notre gestion d’actifs d’être véritablement compétitive en comparaison internationale. Le premier pas consiste dans la création d’une volonté commune et dans la prise de conscience de l’importance des enjeux. Ceci permettrait d’aboutir à une meilleure collaboration entre les parties prenantes, en favorisant les échanges d’expériences et le développement des bonnes pratiques. En créant une émulation entre les acteurs de la place, on créerait ainsi un cercle vertueux qui poussera tout le monde vers le haut.

Une autre piste à explorer est celle de la promotion des jeunes pousses, ces gérants émergents qui, malgré un talent indéniable, n’ont pas encore atteint la taille critique et ne disposent pas d’un track record suffisamment long pour être retenus lors des processus de sélection habituels.

Privilégier les produits locaux

Pour y parvenir, notre pays pourrait par exemple s’inspirer des «fonds de place» qui existent par exemple à Paris, où les différents acteurs de la place ont constitué des fonds de «seed money» qui servent de pépinière et permettent aux jeunes talents de faire leurs preuves.

Enfin, les banques suisses, lorsqu’elles recherchent un fonds de placement, feraient bien de privilégier les produits locaux pour s’attacher à faire mentir l’adage selon lequel nul n’est prophète en son pays. En effet, puisque la tendance est au «consommer local», pourquoi toujours aller chercher à New York ou Londres, alors qu’il existe des gérants de qualité dans notre pays?

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