Les krachs boursiers à répétition et le bas niveau des taux d’intérêt alliés à des exigences réglementaires et une complexité croissante ont découragé plus d’un employeur et eu raison d’un grand nombre d’institutions de prévoyance ces dernières années. Un tiers d’entre elles ont disparu des statistiques entre 2000 et 2011, notamment en rejoignant des fondations collectives ou communes. Une solution originale et, à notre connaissance, encore un cas unique a été développée pour répondre aux défis croissants des institutions de prévoyance sans pour autant restreindre leur autonomie et leur indépendance. Ce concept nommé «asset pooling» ou «pooling financier» est né il y a plus de quinze ans en Suisse romande.

Le fonctionnement de cet asset pooling est relativement simple et peu contraignant pour ses participants. Il consiste à regrouper des institutions de prévoyance – autonomes ou semi-autonomes – sur une base volontaire et sans construction juridique particulière afin de constituer une centrale d’achat commune pour les différents services financiers nécessaires à la gestion des portefeuilles.

Pour que ce système fonctionne, une mise en commun ou un partage de certaines tâches est nécessaire. Il convient, notamment, de disposer d’une banque dépositaire unique chargée d’administrer la fortune du pool, tout en garantissant une claire séparation physique et juridique des portefeuilles de chaque institution de prévoyance. Chaque membre dispose ainsi de son propre plan de prévoyance, de sa propre comptabilité et définit librement les paramètres techniques et sa stratégie de placement. Cette approche nécessite aussi une philosophie d’investissement commune puisque ce concept repose avant tout sur l’utilisation de véhicules de placement communs afin de bénéficier de l’effet de taille lors de la négociation des frais de gestion. Le choix et le suivi des véhicules de placement incombent au comité de placement du pool constitué de représentants de chacune des institutions le constituant. Ces personnes sont aussi généralement membres du conseil de fondation de leur institution de prévoyance respective, ce qui favorise la communication entre le comité de placement et les divers conseils de fondation.

L’intérêt d’une telle construction est la garantie du respect des particularités de chaque institution de prévoyance. Répétons-le, chaque membre du pool définit sa propre stratégie d’investissement et la met en place en utilisant autant que faire se peut les véhicules choisis par le pool, afin de bénéficier au maximum de l’effet de taille en matière de frais de gestion. Toutefois, chaque membre reste libre d’investir une partie de sa fortune dans des produits particuliers, notamment de garder ses propres placements immobiliers, qu’ils soient constitués d’immeubles détenus directement ou de fondations de placement.

Le principal avantage de cet asset pooling est la diminution drastique des frais de gestion. En effet, le pool négocie les frais avec ses divers mandataires sur la base d’une taille des actifs à gérer équivalente à la somme des portefeuilles des institutions de prévoyance. En moyenne, la baisse de coûts observée atteint au moins 50% pour les caisses de pension rejoignant le pool.

Parallèlement à la baisse des coûts, cette solution permet d’offrir aux participants du pool tous les services auxquels les grandes institutions de prévoyance ont généralement accès, mais qui sont souvent trop coûteux pour les institutions de petites et moyennes tailles.

L’effet prix est certainement un atout en cette période de taux bas, mais il y a de nombreux avantages non monétaires à ce pooling. Citons par exemple la stabilité et la mixité de la composition du comité de placement garantissant des décisions raisonnables et discutées ainsi qu’une constance dans l’approche d’investissement poursuivie, gage d’un certain succès à long terme.

De plus, les réunions régulières du comité de placement offrent une plateforme d’échange et de discussion sur les thèmes liés à la prévoyance professionnelle ou à la gestion des portefeuilles. Cette organisation favorise aussi la formation accélérée et gratuite des nouveaux membres et permet aux institutions de partager leurs expériences en raison d’une analyse et d’une comparaison transparente des résultats financiers de chaque portefeuille composant le pool. Au-delà des questions liées à la prévoyance professionnelle, ces réunions permettent aussi à leurs participants de partager leurs craintes ou leurs doutes mais aussi leurs solutions lors d’événements extrêmes comme la récession de 2008.

Evidemment, ce concept implique quelques changements organisationnels et une marge de manœuvre légèrement restreinte pour les institutions de prévoyance rejoignant ce type de pool, mais l’expérience montre que peu d’entre elles font machine arrière, car les gains excèdent fortement les désagréments.

Ce concept simple et souple, s’il était plus répandu, offrirait à de nombreuses petites et moyennes caisses de pension la possibilité de rester maîtresses de leur destin, tout en leur permettant de faire face avec sérénité aux défis actuels de la prévoyance professionnelle. Tant les coûts que l’augmentation des exigences réglementaires ne les contraindraient plus à envisager des solutions qui, pour certaines, atténuent le lien entre les assurés et leur institution de prévoyance et qui, par conséquent, affaiblissent le 2e pilier.

* Associé PPCmetrics Nyon

L’intérêt d’une telle construction est la garantie du respect des particularités de chaque institution