Par tradition, le World Economic Forum réserve la vedette américaine de son ouverture à la présidence de la Confédération, invitée à prononcer un bref discours. Précédant Nicolas Sarkozy qu’elle avait rencontré pendant vingt minutes auparavant, Doris Leuthard a concentré son adresse aux 2500 «global leaders» réunis dans la station grisonne sur un appel à l’action. Bien sûr, le monde a réussi à éviter le pire, mais sur trois points au moins, estime-t-elle, les promesses que les responsables tenaient ici-même l’an dernier ne sont toujours pas transformées.

C’est d’abord l’engagement de régulation coordonné du secteur financier: «Les banquiers tentent même de se dérober à leurs responsabilités. Dans quelques pays, leurs pressions ont empêché jusqu’ici l’adoption de règles plus strictes concernant les fonds propres et les liquidités et elles ont fait obstacle à l’amélioration de la garantie des dépôts. Les banques prévoient en outre de verser des bonus d’un montant inédit à leurs dirigeants.

Le protectionnisme, ensuite: chacun s’engageait à ne pas utiliser l’arme atomique du repli national pour combattre les effets de la crise. Or, si cette tendance n’est pas massive, les pays du G20 ont été responsables de 184 des 297 mesures de discrimination commerciale enregistrées l’an dernier. Et le cycle de Doha attend toujours l’impulsion décisive qui permettrait d’aboutir en 2010 – horizon auquel plus personne ne croit aujourd’hui. Doris Leuthard, qui réunit samedi à Davos une mini-ministérielle sur la question avec une vingtaine de ses homologues et le directeur de l’OMC Pascal Lamy, sait particulièrement de quoi elle parle.

La dette publique, enfin. Personne ne conteste la réussite de cette politique de dépenses massives, qui a permis de calmer l’incendie. Mais personne, regrette Doris Leuthard, n’indique comment et quand résorber cette dette monumentale. Rien de substantiel n’a été fait «sauf pour tenter de récupérer à l’étranger, avec des moyens plus ou moins douteux, les taxes prétendument énormes dont les contribuables ne se seraient pas acquittés.»

Ce panorama résume bien les principaux thèmes figurant à l’agenda de ce Forum placé sou s le signe de «Repenser, redessiner et reconstruire le monde». Le vote des participants à l’une des premières sessions du Forum, mercredi matin, avait indiqué que les deux principaux facteurs potentiels d’une nouvelle crise mondiale sont l’endettement public et le risque protectionniste. Doris Leuthard est d’autant plus à l’aise pour en parler que la Suisse, sur le front de l’endettement public comme de la régulation des fonds propres des banques, peut se targuer de ne pas être le plus mauvais élève de la classe mondiale. C’était aussi l’occasion, pour elle, de valoriser l’approche multilatérale: la Suisse a appris à connaître, l’en dernier, ce qu’il lui en coûte lorsqu’elle se retrouve isolée face aux grands.