Plus grande société pétrolière mondiale à être cotée en Bourse, le groupe anglo-néerlandais Royal Dutch Shell traverse une crise sans précédent. Jeudi, son président Mark Moody-Stuart l'a avoué sans détours: devant le terrain perdu, «le groupe est confronté à l'un des plus grands défis de son histoire».

Le patron britannique de Royal Dutch Shell a annoncé une chute vertigineuse du bénéfice net en 1998, de 95,5% exactement: en 1997, le géant pétrolier avait affiché un profit de 7,753 milliards de dollars (10,8 milliards de francs suisses); un an plus tard, il ne dégage plus que 350 millions de dollars.

Passage en troisième position

Le chiffre d'affaires subit lui aussi une sévère correction à la baisse: de 171,647 milliards de dollars en 1997, il est tombé en 1998 à 138,274 milliards de dollars, soit une chute de 19%. Royal Dutch Shell, jusqu'ici deuxième entreprise mondiale par le chiffre d'affaires, passe en troisième position derrière l'Américain General Motors et le géant du négoce japonais Mitsui – sans compter la fusion Exxon-Mobil, qui donnera naissance cette année à un groupe dépassant les 200 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Le quatrième trimestre 1998, dont les résultats ont également été divulgués jeudi à La Haye, siège de Royal Dutch Shell, a pesé lourd dans la balance: il affiche une perte record de 3,739 milliards de dollars (5,2 milliards de francs suisses)

Ce mauvais résultat traduit les difficultés auxquelles le groupe anglo-néerlandais doit faire face. D'une part, la chute des cours du baril de brut, qui a atteint, en moyenne, 33% l'an dernier, a grandement affecté le résultat de Shell. Mais ce facteur est le même pour tous les acteurs de la scène pétrolière mondiale. C'est donc à l'intérieur du géant européen qu'il faut chercher la raison principale de cette dégringolade des profits. Shell reste une compagnie qui produit trop cher, et dont les structures ne sont pas adaptées à la nouvelle donne du marché mondial. La direction du groupe en est bien consciente: elle a annoncé en décembre dernier la mise sur pied d'un vaste programme de restructuration qui conduira à des coupes «substantielles» dans les effectifs, diverses mesures de réduction des coûts et la vente de 40% des activités chimiques (les sites de productions passeront de 21 à 13). Le but est d'économiser 2,5 milliards de dollars par an dès l'an 2001. D'ores et déjà, une charge exceptionnelle de 4,4 milliards de dollars a été inscrite pour supporter ce programme de restructuration.

Dans un univers pétrolier lui aussi secoué par une vague de mégafusions (BP-Amoco, Exxon-Mobil, Total-Petrofina), Shell semble en retrait de ses principaux concurrents. C'est particulièrement vrai dans le domaine de la pétrochimie, lourdement frappé par la crise asiatique. Les marges de Shell dans la production de polypropylène ont été «assommées», a confié un analyste du Crédit Lyonnais à l'agence Bloomberg. Les titres du groupe n'ont subi qu'une baisse relativement mesurée, tant à Amsterdam, où l'action Royal Dutch a abandonné 1 euro (2,5%), qu'à Londres, où Shell Transport lâchait 6,75 pence, soit 2%.