Les primes de l’assurance maladie obligatoire augmenteront de 4,5% en 2017, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), l’autorité de surveillance des caisses maladie pour l’assurance obligatoire. Mais, selon le comparateur bonus.ch, 70,6% des primes seront encore plus douloureuses et 44% grimperont même de plus de 8%. Dans la jungle de l’assurance maladie obligatoire, il est toujours plus compliqué pour un assuré de définir une stratégie répondant à son profil et ses besoins.

16 146 francs par an d’économie

Le comparateur a analysé les profils d’assurés. Il montre que les familles sont clairement les plus pénalisées. Prenons deux exemples lémaniques: tout d’abord une famille de quatre personnes dont deux enfants, vivant dans le canton de Vaud qui a souscrit une assurance maladie obligatoire avec des franchises de 2500 francs et 1500 francs pour les adultes et 300 francs et 0 franc pour les enfants; cette famille devra payer 2355,70 francs par mois si elle s’assure auprès de la compagnie la plus chère, ou 28’268 francs par an, selon bonus.ch.

Si cette même famille vaudoise choisit, pour la même couverture et les mêmes franchises, la compagnie la moins chère, elle ne devra débourser que 1010,20 francs par mois. L’économie maximale atteint ainsi le montant énorme de 16 146 francs par an. Entre les deux primes ci-dessus, la réduction est de 57%. C’est un cas extrême, mais l’économie potentielle moyenne s’élève à 8073 francs par an, selon bonus.ch. Pour les retraités, l’écart atteint 54% et pour les étudiants 52%.

Il faut savoir que le catalogue des prestations de l’assurance maladie obligatoire est prescrit par la loi et qu’il est identique pour toutes les caisses. Seules les primes diffèrent, parfois fortement, selon l’assureur, le modèle d’assurance, le lieu de résidence et la franchise.

Des primes plus élevées en ville

Si, en assurance maladie obligatoire, la prime est identique pour un enfant d’un an, de dix ans ou de dix-huit ans, il en va autrement des coûts effectifs pour la compagnie qui dépendent de l’âge et du genre de l’enfant.

Afin de montrer les écarts entre les lieux de résidence, regardons la prime maladie (avec assurance accident) d’un enfant de dix ans avec franchise de 0 et un modèle traditionnel. L’assureur le moins cher à Lausanne sera Assura (107,70 francs), à Vétroz en Valais Sanagate (82,50), à Porrentruy Assura (99,50). L’assureur le plus cher sera Kolping à Lausanne (177,60 francs), Moove Sympany à Vétroz (124,90) et Kolping à Porrentruy (169,90).

Pas de franchise familiale en Suisse

Pour une famille, il n’est pas forcément judicieux d’augmenter fortement la franchise de ses membres afin de réduire la prime totale. Si toute une famille de quatre personnes pour laquelle le risque accident est couvert par l’assurance maladie est impliquée dans un même accident et doit être hospitalisée, l’addition des franchises – le concept d’une franchise familiale n’existe pas en Suisse – peut se traduire par un coût extrêmement élevé. Dans un tel cas, une famille avec deux adultes ayant chacun une franchise de 2500 francs et deux enfants avec chacun une franchise de 600 francs devrait s’acquitter d’un montant de 6200 francs.

Nous rappelons que pour les adultes les franchises s’élèvent à 300, 500, 1000, 1500, 2000 et 2500 francs, et pour les enfants (jusqu’à 18 ans) à 0, 100, 200, 300, 400, 500 et 600 francs. Les assurances offrent aussi pour les jeunes adultes (18 à 25 ans) des tarifs différents de ceux des adultes et des enfants.

Limitation du rabais

Il n’est pas non plus judicieux d’augmenter la franchise, car en Suisse les rabais pour franchise sont limités à 70% de la différence entre la franchise considérée et la franchise minimum de 300 francs. Cela signifie que pour une franchise de 2500 francs, le rabais annuel maximum de la prime correspondant à cette franchise, par rapport à une prime avec une franchise de 300 francs, ne peut pas dépasser pas 1’540 francs.

Le rabais, tel qu’il est défini aujourd’hui, est d’un point de vue actuariel trop modeste, selon un expert. Le législateur veut en effet garder une certaine solidarité parmi les assurés, d’une part, et cherche à éviter que les caisses maladie chassent les «bons risques», c’est-à-dire les personnes jeunes et en bonne santé, d’autre part. Le Conseil fédéral avait même envisagé de réduire les 70% prévus dans le calcul du rabais pour certaines franchises, avant de se raviser. L’organisation de l’assurance maladie prévoit que les assureurs qui ont de bons risques versent des montants compensatoires aux institutions qui ont de mauvais risques. C’est ce système de compensation, affiné au cours des dernières années, qui explique les augmentations de primes significatives de certains assureurs. Un autre phénomène conduisant à la hausse des primes est celui de l’accumulation subite de mauvais risques dans un petit portefeuille jusqu’ici en bonne santé.

Un pouvoir limité

Dans le processus de détermination des primes, l’OFSP a actuellement un pouvoir limité et ne peut pas pour l’instant, par exemple, obliger une caisse maladie ayant trop de réserves à réduire ses primes. Dans ces conditions, on peut donc dire que certains reproches à son égard ne sont pas aujourd’hui justifiés. En revanche, la Finma, l’autorité de surveillance des assureurs offrant des assurances maladie complémentaires, a davantage de pouvoir. Il est prévu qu’à l’avenir l’OFSP obtienne un mandat plus large. La question que l’on doit se poser porte sur les ressources financières supplémentaires qu’elle se verra attribuer par la Confédération, en particulier sur la possibilité d’engager de nouveaux employés compétents pour faire face à ses responsabilités accrues.

Finalement, dans les assurances maladie, ce n’est pas l’actuaire responsable qui en pratique a le dernier mot dans la fixation des primes. Habituellement, en Suisse, ce spécialiste des mathématiques d’assurance n’est pas estimé à sa juste valeur. En effet, très peu d’actuaires responsables font partie de la direction, et encore moins de la direction générale des assureurs maladie, contrairement à la pratique dans les pays anglo-saxons.


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