Les riches vivent plus longtemps. Cette observation se trouve aujourd’hui vérifiée par une nouvelle méthode de calcul de l’espérance de vie en Suisse.

Plutôt que de se fonder sur l’analyse des décès des personnes, les nouvelles statistiques de mortalité se concentrent sur les prestations, a indiqué mardi à la presse, à Zurich, Anja Göing-Jäschke, responsable des affaires actuarielles auprès d’Helvetia Vie. Comme les prestations les plus élevées sont versées aux retraités les plus aisés, ce changement rappelle que les riches vivent plus longtemps. La porte-parole de l’Association suisse d’assurances (ASA) confirme que les nouvelles statistiques de mortalité seront communiquées aux membres de l'ASA «dans le courant de l’été».

Forte hausse des réserves

Cette adaptation de l’espérance de vie des retraités amène Helvetia à ajuster son estimation du risque de longévité et à fortement accroître ses réserves dans ses affaires de prévoyance professionnelle. Celles-ci se montent à 187,2 millions de francs et le montant total des réserves à 242,7 millions de francs, a précisé Anja Göing-Jäschke. Il se pourrait que d’autres assureurs réagissent dans le même sens à ce changement des tables de mortalité.

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Dans les affaires de prévoyance professionnelle, Helvetia a enregistré un volume de primes de 1,944 milliard de francs en 2021, en recul d’environ 6% par rapport à l’exercice précédent. Le nombre d’assurés a augmenté de 3% pour atteindre 229 840.

Hausse des solutions semi-autonomes

La tendance des caisses de pension à se détourner de l’assurance complète (c’est-à-dire avec couverture totale du risque de marché) s’est poursuivie, au profit des solutions semi-autonomes. La part de cette dernière catégorie, qui privilégie le rendement à la sécurité, atteint 55% (48% en 2020) pour Helvetia. A titre de comparaison, Swiss Life a indiqué mardi, dans un communiqué, que la part du segment semi-autonome représente désormais 67% de l’ensemble des affaires nouvelles (2020: 48%).

Les nouvelles tendances des marchés financiers pourraient modifier la donne. La direction d’Helvetia estime que la hausse des taux d’intérêt devrait renforcer l’attrait de l’assurance complète, même si elle refuse d’envisager une «renaissance» de ce modèle. Dans l’assurance complète, la sécurité des placements passe avant tout. Les obligations sont conservées en portefeuille jusqu’à l’échéance et ne souffrent pas de la baisse de leur prix sur le marché en cas de hausse des taux d’intérêt. Par contre, les nouveaux investissements obligataires profitent d’un rendement supérieur. Tout est relatif, puisque le rendement des obligations de la Confédération reste bas. Il ne dépasse pas 0,78% ce mardi et reste très inférieur au taux minimum LPP, c’est-à-dire à la rémunération minimale des assurés définie par le Conseil fédéral. La hausse des taux ne favorisera donc l’assurance complète qu’à moyen terme.

L’effet des marchés

Lors d’une année boursière aussi brillante que 2021, la performance des solutions semi-autonomes est très favorable. La performance s’est élevée à 7,8% pour Helvetia BVG Invest. La baisse des marchés de ce début d’année se limite à 3,7% (fin avril). L’allocation d’un assureur vie est très prudente, avec, dans le cas d’Helvetia 2,4% en actions à la fin 2021, 15,5% en immobilier, 13,3% en hypothèques, 58% en obligations.

Le rendement versé aux assurés actifs est relativement bas si l’on sait qu’une caisse de pension autonome comme celle d’UBS a offert un rendement de 9,5%.

Chez Helvetia, dans les affaires rattachées à la quote-part minimum, les avoirs de la LPP obligatoire étaient rémunérés au taux d’intérêt minimum de 1%. Les avoirs surobligatoires ont été crédités de 0,75%. La rémunération est toutefois différente selon l’âge: 10% des assurés reçoivent plus de 3%, selon Hedwig Ulmer, responsable de la prévoyance en Suisse pour Helvetia.