Climat

Les assureurs suisses demandent une standardisation des investissements durables

Pour mieux intégrer la durabilité, l’organisation faîtière des assureurs (ASA) privilégie l’idée d’une convention à celle d’une loi. Pour Patrick Raaflaub, «des mesures d’incitation nous permettraient d’aller de l’avant»

Le changement climatique interpelle aussi la branche de l’assurance. «La durabilité est de plus en plus urgente», a affirmé Patrick Raaflaub, membre du comité directeur de l’Association suisse d’assurances (ASA), jeudi à Zurich, lors de la conférence de presse annuelle d’une branche qui compte 46 580 collaborateurs. Mais les définitions et critères environnementaux, sociaux et de gouvernance sont très divers. Les assureurs exigent une standardisation. L’ASA estime que «des normes, des définitions et des directives communes seraient fort utiles».

L’industrie mondiale de l’assurance gère 27 000 milliards de dollars et les seuls assureurs suisses près de 600 milliards de francs. «Imaginez la force que nous avons sur le marché si nous nous tournons tous vers des produits durables», lance le directeur des risques de Swiss Re, qui fut aussi directeur de la Finma.

Besoin d’incitations

D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), il faudrait des investissements annuels dans l’énergie de 2400 milliards de dollars entre aujourd’hui et 2035 pour limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius. Cela correspondrait à 3% des actifs des investisseurs. Actuellement, 23 000 milliards de dollars sont administrés dans le monde selon des critères durables, dont 12 000 milliards en Europe.

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L’investissement durable «n’est pas un phénomène de mode», insiste Patrick Raaflaub. D’une part, la demande va continuer de croître. Les millennials exigent que leurs placements correspondent à leur sens des responsabilités. Or ils seront propriétaires de 24 000 milliards de dollars en 2020, selon une étude de Credit Suisse. D’autre part, «les dispositions réglementaires créeront une certaine dynamique», selon Patrick Raaflaub. Les pouvoirs publics, en France notamment, la Commission européenne, ou le Luxembourg sont en train d’«élaborer des définitions, des méthodes et des normes sur des thèmes comme le changement climatique et les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)», note l’ASA.

Une standardisation pour réduire les coûts

Les membres de l’ASA «témoignent d’une nette volonté d’intégration des critères ESG», selon Patrick Raaflaub. Jusqu’ici les organismes et associations s’appuient sur leurs propres modèles. «L’application de telles stratégies s’en trouve compliquée et mobilise plus de ressources», regrette Patrick Raaflaub.

L’ASA ne demande pas une nouvelle loi, mais l’idée d’une convention privée serait appréciée. Au Département fédéral des finances, on préfère aussi cette piste privée. Cela ne serait de loin pas une première. Par exemple, avec l’accord de la Finma, l’application de la loi sur le blanchiment est régie aussi par une convention privée. «Nous avons besoin d’un cadre de référence qui simplifie l’intégration des démarches d’investissement durable», précise Patrick Raaflaub.

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Ses considérations ne sont pas seulement d’ordre moral mais aussi économiques, ajoute-t-il. Elles visent une «optimisation du rendement ajusté du risque. Notre engagement ne doit pas se cantonner aux placements, il peut aussi être étendu aux affaires de souscription», avance-t-il. Selon Patrick Raaflaub, «des mesures d’incitation appropriées nous permettraient d’aller de l’avant».


Non à l’accord avec l’UE «en l’état»

Rolf Dörig, président de l’Association suisse d’assurances, considère qu’il est «capital d’arriver à un accord avec l’UE». Devant la presse, il estime pourtant que «nous ne pouvons pas soutenir en l’état le projet soumis en consultation par le Conseil fédéral». Le comité des assurances a pris cette décision à l’unanimité. Son objectif consiste à obtenir des «approfondissements et des éclaircissements sur des aspects essentiels». L’état du débat sur le Brexit montre «l’importance pour les deux parties d’avoir la même compréhension du texte», ajoute-t-il.

Les points qui ont besoin d’éclaircissements sont la reprise automatique du droit et du règlement des différends de la Cour de justice de la Commission européenne, la direction relative au droit des citoyens de l’UE et certaines mesures d’accompagnement. L’ASA ne se prononcera définitivement qu’après ces clarifications. Rolf Dörig dit «comprendre la position d’Economiesuisse», qui accepte le texte en l’état, mais pour le président de l’ASA il faut aussi prendre en compte les arguments «politiques».

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