Une de perdue dix de retrouvées. C'est sans doute ce que doit se dire, avec quelque impatience, Daniel Vasella, patron de Novartis, pour avaler la pilule du rachat, par le groupe britannique AstraZeneca, de MedImmune, l'une des dix plus importantes sociétés de biotechnologie au monde.

Grâce à cette acquisition, très cher payée à hauteur de 15,6 milliards de dollars (18,7 milliards de francs), AstraZeneca, sixième laboratoire pharmaceutique mondial, remonte à la cinquième place, derrière Novartis. Les ventes annuelles de MedImmune, société sortie des chiffres rouges l'an dernier, s'élèvent à 1,28 milliard de dollars, ce qui portera celles d'AstraZeneca à quelque 28 milliards.

Onze fois les ventes

Ce changement de taille n'est pas le plus important pour le groupe britannique dirigé par David Brennan. AstraZeneca a accepté de payer très cher MedImmune (onze fois les ventes annuelles comparé à moins de six fois pour la récente acquisition de Serono par Merck KGaA) afin d'entrer dans le monde de la biotechnologie. Ce secteur à fort potentiel, comme le prouvent les excellents résultats de Roche, permettra au groupe britannique d'effacer plusieurs revers récents. Depuis un an, le groupe accumule les mauvaises nouvelles. Il a été contraint de cesser le développement de quatre médicaments. Le dernier en date, AGI-1067 contre les problèmes cardio-vasculaires, provoquera une charge financière de 83 millions de dollars. Moins importante cependant que celles provoquées par les retraits de l'anticancéreux Iressa, de l'anticoagulant Exanta et de l'antidiabétique Galida.

Pour redresser la barre, AstraZeneca s'est lancée dans une politique d'acquisitions, vitale pour assurer l'avenir de l'entreprise qui a annoncé au début de l'année la suppression de plus de 3000 postes, soit 5% des effectifs. Quelque 1,4 milliard de dollars ont déjà été dépensés par le nouveau patron David Brennan afin d'étoffer le portefeuille de médicaments. Avec l'achat de MedImmune, AstraZeneca a décidé de puiser très profondément dans son trésor de guerre. Pour être certaine d'emporter le morceau, la société a offert une prime de 53% aux actionnaires de MedImmune. L'opération prend en effet la forme d'une offre publique d'achat amicale qui devrait se conclure en juin. «La compétition a été féroce» confirme David Brennan, sans citer les noms des autres entreprises intéressées à l'acquisition de l'entreprise américaine.

AstraZeneca, dont le titre a chuté de plus de 4% hier en bourse, se dit désormais parée pour entrer dans le monde de la biotechnologie. «La part du portefeuille biotechnologique passe de 7 à 27%. La capacité des bioréacteurs, de 30 000 litres aujourd'hui, pourra facilement être doublée», expliquent les responsables de l'entreprise.

A l'instar de Novartis, qui a acquis la totalité de Chiron, AstraZeneca entre, grâce à MedImmune, dans l'univers des vaccins. L'entreprise américaine commercialise un vaccin contre la grippe, et mène des recherches sur la grippe aviaire. Son principal médicament, Synagis, qui combat les infections pulmonaires, représente 86% du chiffre d'affaires.

Novartis en hausse

Novartis, qui a publié lundi des résultats trimestriels supérieurs aux attentes (progression de 18% du chiffre d'affaires et de 11% du résultat opérationnel) reste sur sa faim en matière d'acquisitions. Ce n'est pas l'argent mais les occasions qui manquent. Le groupe bâlois encaissera cette année 8 milliards de dollars en paiement d'affaires vendues, notamment les produits Gerber cédés à Nestlé. «Le groupe examine toute option stratégique susceptible de renforcer la compétitivité de ses activités par le biais d'acquisitions ciblées», rappelle-t-il, alors que le cours de l'action se redresse depuis une semaine (+2,2%).