Le processus de concentration s'accélère dans le secteur pétrolier mondial: lundi, le groupe franco-belge TotalFina, lui-même produit d'une fusion qui s'est achevée vendredi dernier, a lancé une offre publique d'échange sur son concurrent français Elf Aquitaine. Si l'affaire se conclut, la nouvelle entité deviendrait le quatrième groupe mondial en termes de production de réserves et de capacité de raffinage, derrière Exxon-Mobil, Royal Dutch Shell et BP-Amoco. Deux de ces trois géants sont le résultat d'une mégafusion, et la manœuvre de TotalFina a poussé leurs titres à la hausse grâce au climat de «fusionnite» du secteur. De leur côté, l'action Elf a bondi de 21,5% à 177,3 euros, alors que le titre Total regagnait du terrain pour clôturer sur une modeste hausse de 0,4% à 128,5 euros. Elf Aquitaine a qualifié l'OPE de TotalFina d'«hostile», mais la dilution de son actionnariat rend la société facilement attaquable.

TotalFina offre quatre actions pour trois titres Elf, ce qui valorise Elf à 107,7 euros par action, soit une prime de 17% sur la clôture de lundi – et un total de 47,5 milliards d'euros (76 milliards de francs suisses). Pour Thierry Desmarest, le patron de Total, cette OPE doit permettre de doper la production de pétrole du groupe, afin d'optimiser les capacités de raffinage acquises à travers la fusion avec le belge Petrofina. Desmarest, qui avant cette acquisition déclarait à qui voulait l'entendre ne pas être intéressé par une fusion, est désormais en position de force face à son concurrent Philippe Jaffré, très contesté dans sa gestion du groupe Elf. Le groupe emblématique français a échoué dans sa tentative récente de reprendre le norvégien Saga. Pour Jaffré, «cette fusion n'a fait l'objet d'aucune étude ni discussion avec le management d'Elf». Le président du Credit Suisse First Boston France, Jean-Marc Forneri, qui conseille Total dans cette opération, a estimé que son client s'est «heurté à un problème d'ego, en la personne de Philippe Jaffré».

Mais Thierry Desmarest semble sûr de son coup: «Nous ne sommes pas partis sans biscuits, les pouvoirs publics sont sensibles à l'intérêt industriel du projet, j'ai toutes les raisons d'être optimiste» à la non-utilisation de la «golden share» (action spécifique) par l'Etat. Cette «golden share» permet aux pouvoirs publics d'avoir une voix prépondérante au sein d'un conseil d'administration. D'ailleurs, lundi soir le secrétaire d'Etat français à l'industrie Christian Pierret a indiqué que l'Etat n'utilisera pas son droit de veto à l'OPE de TotalFina sur Elf.

3% des postes supprimés

Le patron de Total a précisé qu'il couperait 3% des 130 000 postes qui constituent le personnel cumulé des deux entreprises. La part d'Elf (35%) dans le groupe pharma Sanofi-Synthélabo serait «vendue sous deux ans», selon Thierry Desmarest. La moitié de ces suppressions aurait lieu en France, mais «aucun licenciement» n'interviendrait. La nouvelle entité aurait une capitalisation boursière de 76 milliards d'euros. Si le patron de Total pense avoir le soutien des autorités, il lui faut encore celui du marché. Plusieurs analystes estiment que cette solution «franco-française» est idéale, et qu'elle s'inscrit dans la logique. D'autres sont plus sceptiques, qui voient dans les synergies de quelque 1,2 milliard d'euros par an dès 2002 une économie trop faible pour justifier la fusion.