Cybersécurité

Attaque géante contre des sites internet

Vous avez eu des problèmes pour vous connecter à Twitter ou AirBnB hier? Vous n'êtes pas les seuls. Une immense cyberattaque  a sérieusement perturbé Internet, qui a aussi touché des objets connectés, une première inquiétante

Une cyberattaque menée en plusieurs vagues a sérieusement perturbé le fonctionnement d'internet vendredi aux Etats-Unis, privant des millions de personnes d'accès notamment à Twitter, Spotify, Amazon ou eBay et soulevant les inquiétudes des autorités.

La liste des victimes a également inclus Reddit, Airbnb, Netflix et les sites de plusieurs médias (CNN, New York Times, Boston Globe, Financial Times, The Guardian...).

La société intermédiaire Dyn visée

Aucun de ces sites n'était directement visé par les pirates. Ils s'en sont en réalité pris à la société Dyn, qui redirige les flux internet vers les hébergeurs et traduit en quelque sorte des noms de sites en adresse IP. DYN a «coupé» l’accès aux sites qu'on utilise en ne reliant plus le nom de domaine aux adresses IP (une suite de chiffres) à leurs serveurs.

«Quand je vois une telle attaque, je me dis que c'est un Etat qui est derrière», a estimé Eric o'Neill, chargé de la stratégie pour la société de sécurité informatique Carbon Black et ex-chargé de la lutte contre l'espionnage au FBI (police fédérale).

Pour cet expert, les conséquences pourraient être bien plus graves dans les secteurs de la finance, du transport ou de l'énergie, bien moins préparés que Dyn à ce type de cyberattaques.

«C'est une attaque très élaborée. A chaque fois que nous la neutralisons, ils s'adaptent», a expliqué Kyle Owen, un responsable de Dyn, cité sur le site spécialisé Techcrunch.

La première attaque, lancée à 11H10 GMT (13H10 heure suisse) , a été suivie par plusieurs offensives successives à mesure que l'impact se déplaçait de la côte est des Etats-Unis vers l'ouest du pays.

A 22H17 GMT, Dyn indiqué que l'incident était résolu.

Un Etat? Des soutiens à Julian Assange?

En pleine recrudescence de la cybercriminalité, cette attaque a alerté les autorités américaines.

«Le département de la Sécurité intérieure (DHS) et le FBI ont été informés et enquêtent sur toutes les causes potentielles», a indiqué à l'AFP une porte-parole du DHS.

L'identité et l'origine géographique des auteurs demeuraient encore inconnues.

Le site Wikileaks, qui a publié des milliers d'emails du directeur de campagne de la candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton, a cru déceler dans cette attaque une marque de soutien à son fondateur Julian Assange, réfugié dans l'ambassade d'Equateur à Londres et dont l'accès à internet a été récemment coupé.

«M. Assange est toujours en vie et Wikileaks continue de publier. Nous demandons à nos soutiens d'arrêter de bloquer l'internet américain. Vous avez été entendus», a tweeté le site.

Le groupe de hackers Anonymous semblait lui appeler à poursuivre l'offensive. «Le toit, le toit, le toit est en feu. Nous n'avons pas besoin d'eau. Laissez l'enfoiré brûler», a-t-il tweeté.

DDODS et objets connectés

Selon le New York Times, l'attaque aurait pu utiliser des objets connectés, dont le flux aurait été renvoyé vers des serveurs à déborder, noyer d'attaques.

Pour les spécialistes, l'expert en cybersécurité Brian Krebs, qui a lui-même été visé par ce genre d'attaques il y a un mois, évalue longuement dans son blog les hypothèses possibles.

Quelle qu'en soit l'origine, l'attaque a mis en lumière les dangers posés par l'utilisation croissante des objets connectés, qui peuvent être utilisés à l'insu de leurs propriétaires pour bloquer l'accès à un site.

La technique de déni de service distribué (DDoS) utilisée vendredi consiste ainsi à rendre un serveur indisponible en le surchargeant de requêtes. Elle est souvent menée à partir d'un réseau de machines zombies («botnet»), elles-mêmes piratées et utilisées à l'insu de leurs propriétaires. Brian Krebs dans son blog parle du botnet Mirai, qui aurait infecté plus de 500 000 terminaux d'objets connectés en quelques semaines, selon Le Monde Informatique.

«Ces attaques, en particulier avec l'essor d'objets connectés non sécurisés, vont continuer à harceler nos organisations. Malheureusement, ce que nous voyons n'est que le début en termes de +botnets+ à grande échelle et de dommages disproportionnés», prédit ainsi Ben Johnson, ex-hacker pour l'agence américaine de renseignement NSA et cofondateur de Carbon Black.

Attaque à coups de babyphones

Des objets connectés et a priori totalement inoffensifs comme des machines à café ou des réfrigérateurs peuvent ainsi être utilisés par des pirates.

«Internet continue de se reposer sur des protocoles et une infrastructure conçus avant que la cybersécurité ne soit un problème», relève M. Johnson.

Selon James Scott, expert en cybercriminalité de l'Institute for Critical Infrastructure Technology, des attaques similaires ont été menées en décembre 2015 par des cyberjihadistes à l'aide de 18.000 appareils mobiles.

Cette nouvelle attaque «trahit une vulnérabilité bien connue dans la structure d'internet», assure-t-il, ajoutant que sa «sophistication» et sa «précision» semblaient pointer du doigt un Etat comme la Chine ou la Russie.

Les attaques informatiques et autres actes de piratage sont déjà en pleine recrudescence aux Etats-Unis et dans les autres pays industrialisés.

Yahoo Mail a récemment reconnu que les données de 500 millions de ses utilisateurs avaient été compromises il y a deux ans. Plusieurs attaques ont également visé le secteur financier et certaines banques centrales, conduisant les pays industrialisés du G7 à adopter, mi-octobre, une série de règles de protection.

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