Technologie

Attaqué de toutes parts, GoPro est de plus en plus sous pression

Le fabricant de caméra d'action se fait tant concurrencer par les fabricants de drones que par ceux de caméras

Le drone «Karma» de GoPro était l’un des appareils les plus attendus du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, le plus grand salon multimédia au monde. Mais les technophiles ont été déçus. Alors que s’achève ce samedi l’événement dans le Nevada, le fabricant de caméras de sport n’a ni montré son drone, ni communiqué à son sujet. GoPro n’a même pas dévoilé de nouveau capteur. Le seul fait majeur du fabricant lors du CES aura été une rumeur de rachat par Apple. En parallèle, GoPro vient d'acquérir la société suisse Skybotix, spin-off de l’EPFZ spécialisée dans les capteurs et logiciels de navigation autonome.

GoPro a beau être numéro un mondial sur le marché des caméras d’action, les nuages s’accumulent de plus en plus rapidement au-dessus de la société. Symbole de cette défiance envers cette société fondée en 2002, la chute de son action. GoPro était entré en bourse le 25 juin 2014 en vendant ses actions 24 dollars l’unité. Désormais, l’action n’en vaut plus que 17. En l’espace de douze mois, la chute a même été de 75%, les investisseurs s’inquiétant de la croissance de la société. Au moment de son entrée en bourse, GoPro affichait une progression annuelle de 90% de ses ventes. Elle est aujourd’hui d’environ 20%.

Maîtrise du marché

A Las Vegas, Nick Woodman, directeur de la société, n’a annoncé qu’un partenariat avec YouTube. Il n’a fait qu’effleurer le sujet «Karma», drone annoncé pourtant il y a une année mais dont aucun prototype n’a jamais été montré. Le responsable a affirmé l’importance des vidéos à 360 degrés – sans pour autant présenter de caméra dotée de telles capacités. Pour l’heure, GoPro semble encore maîtriser un marché qu’il a en grande partie créé. Il y a un an, le cabinet de recherche IDC le créditait d’une part de 72,5% du marché des caméras d’action aux Etats-Unis, et de 56,7% au niveau mondial.

Mais depuis, GoPro se fait attaquer sur deux fronts. Il y a d’abord la concurrence des fabricants traditionnels de caméras. Ainsi, cette semaine, Nikon a dévoilé à Las Vegas son capteur KeyMission360, capable de filmer à 360 degrés en très haute résolution (4K). La caméra, attendue pour ce printemps, sera résistante aux chocs, à la poussière, et sera étanche jusqu’à 30 mètres de profondeur sans caisson. «C’est d’autant plus impressionnant que Nikon était pour l’instant resté à l’écart de ce marché», notait le site spécialisé BGR. Sony, de son côté, a présenté une nouvelle version (HDR-AS50) de son modèle Action-Cam, avec des performances améliorées.

Concurrence des drones

En parallèle, GoPro fait face à la concurrence des fabricants de drones qui, pressentant l’arrivée de la société sur ce marché, améliorent les performances de leurs appareils. Ainsi, le français Parrot a dévoilé à Las Vegas un drone sans hélice, doté d’ailes et surtout d’un capteur de 14 millions de pixels avec stabilisateur d’image. Il n’y a pour l’heure ni date de sortie, ni prix. De son côté, Polaroid, qui fabrique déjà de petites caméras d’action, a présenté un autre drone, le modèle Moon, doté quant à lui d’une caméra aux performances modestes (résolution de 640 x 480 pixels).

Dans une note publiée récemment, un analyste de la banque JP Morgan notait qu’un grand risque pour GoPro était que Apple, Google ou d’autres géants de l’industrie entrent sur le marché de la vidéo en simplifiant les prises de vue et le montage, transforment le matériel en produit de consommation courante («commodity»). Et c’est là la plus grande menace pour GoPro: que la qualité et les performances de ses caméras ne fassent plus la différence. Cette menace n’empêche pas la banque de prévoir une hausse de l’action à 45 dollars, citant notamment le drone «Karma» et les annonces à venir lors du CES. Mais c’était avant le CES.

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