Fonds de placement

Attention au changement de cap des marchés

L'augmentation de la volatilité et le sentiment de fin de cycle incitent à la prudence et redonnent une chance aux fonds actifs, selon Sonja Laud, de Fidelity. L’investisseur doit privilégier les fonds avec une «part active» forte

Fidelity, l’un des plus grands gérants de fonds de placement derrière BlackRock, est une entreprise familiale basée à Boston. Un géant de la gestion active qui affronte un fort vent contraire, celui des ETF. Les sorties de capitaux ont été si fortes qu’il s’est finalement lancé dans les fonds indiciels. Le déclin est toutefois très relatif. Le groupe américain dispose tout de même de 2560 milliards de dollars d’actifs sous gestion (mars 2018) pour 504 fonds de placement et 45 000 employés dans le monde.

En dehors des Etats-Unis, l’activité est gérée par une société indépendante, Fidelity International (324 milliards de dollars à travers 342 fonds). Le rendement de ses fonds de placement a été relativement bon malgré des marchés difficiles. Sur cinq ans, ses fonds battent en moyenne et après les frais 76% des concurrents (2017).

Un fort vent contraire

Le retour de la volatilité sur les marchés et le changement de cap des banques centrales pourraient marquer le retour à une période plus propice à la gestion active et aux maisons qui essaient de battre l’indice de référence.

«La nature du marché, c’est-à-dire son efficience, sa profondeur et son environnement exercent un fort impact sur la progression des gestions active ou passive», explique Sonja Laud, responsable de la recherche en actions pour Fidelity International, à Londres. Comme le marché américain des actions est le plus efficient, ancien et liquide et qu’il a été le moteur de la hausse des marchés, cet environnement a favorisé les solutions passives en 2017. Pire, sous l’angle des fonds actifs, dix grandes valeurs, dont Facebook, Google/Alphabet et Amazon, ont dominé le mouvement haussier. Le gérant actif qui n’avait pas ces dix valeurs dans son fonds aurait difficilement pu battre l’indice.

Lire aussi: Comment se préparer à la fin du cycle?

La volatilité joue aussi un rôle, selon Sonja Laud. Plus elle est élevée et plus un gérant actif peut profiter des modifications du sentiment des investisseurs pour créer de la valeur.

Malgré ce changement d’environnement, les établissements financiers restent souvent haussiers sur les valeurs technologiques et se méfient souvent des titres défensifs. «L’évaluation du marché ne peut pas changer du jour au lendemain», observe Fidelity. L’investisseur ne peut rester confiant envers les valeurs technologiques qu’à condition de maintenir ses perspectives optimistes sur la branche.

Si une pièce du puzzle venait à changer...

Les valeurs cycliques surperforment si la croissance mondiale est soutenue, sans inflation, et contribue au relèvement des estimations de bénéfices. Mais il suffit qu’une seule pièce du puzzle change pour que l’investisseur revoie son opinion à l’égard des valeurs cycliques. Or, pour Sonja Laud, l’environnement se modifie, mais de manière très graduelle.

La montée du protectionnisme contribue négativement à cet ajustement des perspectives à la baisse. La rhétorique est clairement devenue protectionniste, mais l’heure de la mise en œuvre n’est pas encore venue. «Personnellement, ce qui m’inquiète, c’est la précision dans la définition des catégories de produits qui seraient pénalisées et la clarté de la volonté de réaction du gouvernement chinois en cas de mesures américaines», avance la responsable des actions auprès de Fidelity.

Le gérant actif qui a pour but de profiter des changements politiques et économiques en cours doit appréhender de nombreux critères, de la hausse des salaires à celle des bénéfices, de la politique monétaire aux réglementations sur Facebook. «Le gérant actif est sans doute le mieux placé précisément en raison de la complexité des critères. On pourrait construire un ETF qui définirait un portefeuille de valeurs profitant du protectionnisme, par exemple ne comprenant que des valeurs domestiques. Mais il y a d’autres facteurs très importants qui influencent les marchés», avance Sonja Laud. «Pour moi, la politique monétaire est à placer sur le même plan que la question protectionniste. Le taux d’intérêt est en effet le prix le plus important dans le fonctionnement de l’économie», poursuit-elle. Fidelity se demande si la croissance n’a pas atteint un plateau avant même que le protectionnisme ne se soit installé. Même si l’expansion se poursuit, sa tendance décline. C’est le changement du taux de croissance qui incite à la prudence. Sonja Laud est plus optimiste pour les valeurs défensives que pour les cycliques. Le marché les a longtemps ignorées. Fidelity regarde plusieurs composantes.

Privilégier les fonds avec une «part active» significative

Dans la sélection de fonds, Fidelity privilégie un critère, celui de la «part active» (active share). Avec la part active, on regarde le pourcentage des actifs du fonds comparé à ceux qui sont dans l’indice. Par exemple, une valeur qui pèse 5% dans un fonds et seulement 3% dans l’indice de référence va contribuer pour 2% à la part active. Cette notion permet de savoir comment le fonds est positionné par rapport à sa «stratégie d’investissement». On distingue généralement la part active de la «tracking error» (écart de suivi). Cette dernière est une mesure de risque qui se fonde sur les différences de volatilités entre celle du fonds et celle de l’indice de référence.

Un autre développement consiste à combiner de manière optimale les gestions active et passive, avance Fidelity. «La question des coûts va rester primordiale. Mais le but n’est pas de les réduire au plus bas possible», expose Sonja Laud. Les clients ont non seulement un objectif de rendement mais aussi un objectif de coûts et un objectif de risque. La solution passe par un objectif de rendement net ajusté du risque. En termes d’allocations, elle est directement fonction de l’avancée du cycle économique.

L’influence des réglementations sera également importante. La directive MiFID accroît la transparence et exerce un fort impact sur la recherche. Fidelity se dit bien préparée aux changements, avec ses 400 experts en investissement et le soutien d’instruments quantitatifs par exemple pour éviter les biais comportementaux des gérants.

Ces cinq prochaines années, le nombre de fonds de placement et d’ETF devrait diminuer en réponse à MiFID 2 et à l’augmentation de la transparence, estime Sonja Laud. La consolidation va se poursuivre car l’intégration des coûts dans les comptes des gérants ne sera pas aisée pour les acteurs de taille inférieure.

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