Le Parlement européen saura, lundi, s’il a perdu son bras de fer contre les Etats membres en vue de la nomination d’une femme au sein du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).

Le président du Conseil, Herman Van Rompuy, en tournée en Asie, a en effet choisi de maintenir la candidature du Luxembourgeois Yves Mersch, rejetée le 25 octobre par une majorité de députés européens. Les pays membres ont jusqu’à lundi pour l’entériner. Une seule opposition obligerait à reprendre la procédure à zéro.

«Une défaite cinglante»

D’un point de vue juridique, les Vingt-Sept sont les seuls maîtres à bord. Yves Mersch, présenté par le Luxembourg, ne devait pas être préalablement approuvé par le Parlement européen, qui dispose juste d’un avis consultatif. L’affaire de sa nomination a toutefois dépassé le simple cadre de la BCE. S’il passe au forceps, l’ancien patron de la banque centrale du Luxembourg rejoindra un Conseil des gouverneurs de 23 membres, entièrement composé d’hommes, et ce, jusqu’en 2018. De quoi entraîner des frictions futures entre le Parlement européen et les pays membres, sur des dossiers comme l’Union bancaire ou le budget communautaire, pour lesquels l’accord des députés européens est indispensable. «C’est une double défaite cinglante pour la diversité et la démocratie», s’énervait hier Rebecca Harms, la coprésidente allemande des députés européens verts.

L’argument invoqué pour nommer malgré tout Yves Mersch est la nécessité, en pleine crise, de ne pas paralyser la BCE, pilier de la zone euro. Les parlementaires les plus impliqués dans cette affaire espèrent que les pays scandinaves ou les Pays-Bas, très à cheval sur la parité, bloqueront in extremis. A titre de comparaison, le directoire de la Réserve fédérale américaine compte trois femmes sur sept membres.