Jamais je n'oublierai le film que j'ai vu il y a des années lors d'un séminaire sur la finance comportementale (behavioral finance). Deux équipes, l'une en blanc, l'autre en noir, tentaient mutuellement de se subtiliser une balle de basket blanche. Les participants au séminaire avaient pour tâche de compter les touchers de balle de l'équipe en blanc. Alors que chacun était plongé dans ses comptes, un gorille noir de la taille d'un homme adulte apparaissait à l'écran pendant une minute environ, souriant aimablement à la caméra. A la fin, les spectateurs savaient certes combien de fois la balle avait été touchée par l'équipe en blanc, mais personne n'avait remarqué le gorille.

Qu'était-il arrivé? La directive avait incité les spectateurs à se concentrer pleinement sur la couleur blanche et à faire abstraction du noir. Les spécialistes appellent ce phénomène «perception sélective». Cette expérience est une démonstration typique de la finance comportementale, une discipline qui étudie les réactions des investisseurs face à la peur, à l'insécurité, à leurs préférences personnelles, à leur tendance à se surestimer et à l'instinct grégaire. Le film avec le gorille démontre qu'un investisseur a tendance à négliger les mauvaises nouvelles concernant un actif dans lequel il a investi et à ne percevoir que les informations positives.

Si connaître de tels «pièges» est a priori utile, cela n'aide pas véritablement à comprendre le fonctionnement des marchés financiers. Il s'agit en effet d'un système très complexe, régi par l'interaction de nombreux participants. Les limites de la finance comportementale sont fixées par son origine empirico-expérimentale, à savoir des expériences en laboratoire basées sur les comportements individuels. L'expérience (ou, au sens scientifique: une théorie) permettant de décrire le comportement d'une multitude d'acteurs sur les marchés financiers fait ainsi malheureusement cruellement défaut. LGT Capital Management pratique pourtant, depuis déjà plusieurs années, une approche qui pallie cette lacune et peut être décrite comme «Beyond Behavioral Finance». Grâce à l'analyse des structures des trends et des phases, toutes les observations sur le comportement grégaire des individus y sont intégrées.

Le premier constat est que, indépendamment de l'actualité quotidienne, les cours sont mus par des thèmes. Plus ces thèmes sont complexes - mais aussi plus les différents groupes d'opinion s'en disputent la maîtrise -, plus les trends se prolongent. Ces trends traversent des phases, à commencer par le nouveau thème auquel personne ne veut croire au départ (perception sélective). Dans la seconde phase, on se focalise sur ce thème et les opinions se polarisent. Dans la troisième phase, les opinions se synchronisent et le potentiel du thème est pleinement exploité dans l'évaluation. Dans les cas extrêmes vient s'ajouter une phase d'accélération, que l'on pourrait également qualifier de capitulation des opposants au trend. Nous identifions ces phases des trends par l'observation de la communication sur les thèmes, des flux de capitaux et du positionnement des acteurs du marché, ainsi que des évaluations implicites.

A l'échelon sectoriel et d'un point de vue régional, une évaluation de la structure des trends vient s'ajouter à l'analyse des phases. L'étude de ces structures se fonde sur des critères purement techniques définis par des méthodes quantitatives. On distingue cinq structures - de l'homogène positive à l'hétérogène positive, ainsi qu'une phase de transition jusqu'à l'hétérogène négative et l'homogène négative. Cette méthode permet de démontrer dans quelle mesure les titres individuels se sont comportés de manière comparable ou divergente à l'intérieur d'un secteur ou d'une région. Cette analyse est importante, car lorsque les trends touchent à leur fin, ils tendent soit à s'accélérer, soit à diverger au niveau des titres individuels.

Les connaissances en matière de behavioral finance profitent directement à cette approche des marchés financiers.

Dans cette approche, nous faisons volontairement abstraction de nos propres convictions et étudions les observateurs de manière disciplinée, tout comme cela se pratique dans l'analyse technique. Mais, alors que cette dernière se contente d'observer l'existence d'une tendance, nous sommes également en mesure d'expliquer le pourquoi de son existence. Le risque de suivre un faux signal diminue ainsi de manière significative. «Beyond Behavioral Finance» nous offre une particularité et une originalité uniques dans le marché, que nous utilisons aussi bien pour l'allocation d'actifs globale que pour l'allocation régionale et sectorielle dans nos fonds en actions et de stratégie.