Tout n'est plus rose au royaume des start-up. L'entreprise AudioSoft, spécialisée dans la gestion des droits d'auteur musicaux sur Internet et dont la base européenne se trouve à Genève, a remercié 33 de ses 46 collaborateurs le 27 février dernier. Sur le site meyrinois, 19 personnes sont concernées. Dans l'incapacité de boucler son quatrième round de financement, la société s'est vue dans l'obligation de prendre des mesures drastiques de compression du personnel.

On savait déjà qu'actuellement les investisseurs se montraient plus réticents et précautionneux dans le monde Internet, depuis l'éclatement de la bulle spéculative liée aux nouvelles technologies. Les péripéties d'AudioSoft, fondée en 1996, viennent confirmer cette détérioration du climat d'affaires. Comment cette start-up, qui semble tout avoir pour réussir – un quartier général à San Francisco, une représentation à Genève, des points de vente à Munich et Londres, et un produit qui semble répondre à un besoin –, en est-elle arrivée là?

Selon Alexandre Saltiel, en charge des opérations pour l'Europe, «il est important de comprendre la structure un peu particulière du capital des sociétés Internet. Dans ce domaine, toute entreprise nécessite la collaboration d'un investisseur principal pour pouvoir attirer les investisseurs secondaires complétant la mise. Si le premier fait défaut, tout le mode de financement s'effondre». C'est exactement ce qui s'est passé durant le quatrième tour de table supposé apporter de nouveaux capitaux.

L'investisseur principal, 3i (33% du capital) – un groupe de capital-investissement d'origine britannique détenant des participations dans presque 3000 entreprises réparties principalement en Europe –, s'est abstenu. L'analyse de la société a donné un résultat négatif. En effet, l'entreprise n'a encore vendu aucun produit et par conséquent ne génère aucun revenu. Alexandre Saltiel déplore qu'«actuellement, les investisseurs ne se focalisent plus sur le potentiel du produit, mais recherchent des résultats chiffrés concrets et immédiats». Le retour à l'évaluation financière classique fait décidément du mal aux start-up.

Pour l'instant, la situation se présente de la façon suivante: licenciement de 33 collaborateurs et mise en hibernation de l'entreprise. Ainsi, la société se trouve en mode de fonctionnement minimal, avec 13 employés chargés de maintenir à disposition la technologie développée, le tout à coût réduit. Un grand groupe de conseil travaille à la recherche d'éventuels investisseurs ou repreneurs, la vente de l'entreprise figurant en bonne place dans les scénarios à l'étude. Selon Alexandre Saltiel, «l'équipe dirigeante va faire le maximum pour assurer la pérennité de la société».

Comme toutes les start-up, la société a connu des difficultés pour convaincre les bailleurs de fonds. Son système de reporting et de gestion des droits, qui saisit, organise et fournit des informations sur l'utilisation des œuvres musicales sur Internet, a eu des difficultés à convaincre les investisseurs.

Savoir-faire

Les obstacles financiers actuels font donc partie des problèmes récurrents du secteur. Cependant, depuis novembre dernier, la situation semble s'être dégradée plus profondément. L'ensemble des collaborateurs avaient alors été informés et des mesures de réduction de coûts mises en place. Jusqu'à présent, ces mesures ne semblent malheureusement pas avoir donné les résultats espérés. Mais une perspective positive n'est pas à exclure, la problématique des droits entourant les transactions musicales sur Internet prenant une ampleur grandissante, et l'entreprise basée à Genève détenant un sérieux savoir-faire.